Le divorce qu’elle lui refusait, Jacques l’arracha au bout d’un an à la lassitude et au désespoir de sa femme, abreuvée d’humiliations et de dégoûts. Il se maria avec Thérèse Allis. Fanny n’eut donc ni le mérite de son faux sacrifice, ni la consolation de voir se dresser la justice tardive des choses, car elle mourut d’un accident d’auto, avant de savoir que Jacques, dans un mariage réassorti, était malheureux et la regrettait douloureusement.
L’ESCLAVE
— J’ai envie, dit Mme Harle, de proposer à Juliette d’entrer chez nous comme femme de chambre.
— Tu crois qu’elle accepterait ?
M. Harle avait baissé la voix ; petit et maigre, l’air doux, c’était un scrupuleux : inutile que, dans la pièce voisine, la jolie couturière entendît. L’idée de Mme Harle lui faisait plaisir : il revoyait le visage délicat de Juliette, son air sage, ses yeux penchés sur la broderie, ses mains blanches et son index piqué par l’aiguille.
— Oui, je l’ai fait sonder par Maria (la cuisinière)… Juliette serait flattée d’entrer chez nous.
Mme Harle dit cela avec simplicité, comme un hommage qu’elle se rendait à elle-même. Elle était grosse, brune, avec des prétentions à l’élégance, point méchante, mais d’une vivacité colère qui lui faisait bousculer les servantes et déclenchait constamment dans la maison le drame des « huit jours » ou le : « Faites vos paquets ! Filez ! Oust ! »
M. Harle, par la fenêtre, voyait la tonnelle de verdure, un coin du banc vert, la haie vive de troènes ; le soleil coupait diagonalement le terre-plein ; la corbeille d’héliotropes embaumait. Il faisait beau.
— Fais ce que tu veux, dit-il avait un détachement feint. C’est ton affaire !
Il libérait ainsi sa conscience. Dorothée, depuis quinze ans, régentait en maîtresse absolue le ménage. Et l’approbation qu’il lui donnait était superflue. Il hasarda pourtant, par précaution, au cas où, par la suite, « cela ne marcherait pas » :