— Elle n’est pas très solide.

— Ne dirait-on pas que le service est écrasant !

Heu ! Heu ! il y avait à faire… Dorothée prétendait que toutes les servantes sont des paresseuses. Mais la pompe était dure, les lessives copieuses ; la femme de chambre faisait l’appartement, servait à table, aidait à la vaisselle, s’occupait des enfants, cousait de surcroît… Toutes s’avouaient harassées, le soir. Aucune ne restait.

— Tu comprends, dit Mme Harle, l’économie ?… Juliette, outre son service, fera mes robes.

Où diable en prendrait-elle le temps ? M. Harle hocha la tête. Sa femme lui asséna :

— Oh ! toi, tu te noierais dans un verre d’eau. Tu vois des difficultés partout.

Si bien qu’il se tut. Ses faibles objections, du moins, auraient détourné les soupçons, si sa femme avait dû en avoir. Mais pourquoi des soupçons ? Est-ce que M. Harle n’était pas, vis-à-vis de l’ouvrière, irréprochable ? Ne se montrait-il pas le mari le plus fidèle, le plus soumis, le plus courtois ? Des soupçons… Il s’étonna lui-même d’avoir pensé à cela.

— Je vais lui parler, décida Mme Harle.

Et, pendant qu’elle s’entretenait à voix forte dans la pièce voisine, avec la jeune fille, M. Harle, discret, s’esquiva. Il sentait son cœur troublé. Oh ! très peu ! Ce sont là des nuances indéfinissables…

Il descendit au jardin, alluma une cigarette, s’arma d’un vaporisateur et, consciencieusement, se mit à pulvériser un jet de nicotine sur les rosiers dévorés de pucerons. Quelque chose inquiétait son plaisir. Mais pourquoi ?