Les géographes du moyen âge furent encore plus obscurs et contradictoires: les uns placent les Stœcades un peu partout sur la côte de Provence, d'autres à l'estuaire du Rhône où ils la confondent même avec l'île de la Camargue.

Encore, d'après Pline, les îles de Marseille s'appelaient «petites Stœcades», tandis que celles d'Hyères étaient nommés «grandes Stœcades» et portaient des noms qui rappelaient leur position relative. La première, Porquerolles, en marchant de l'Ouest à l'Est, s'appelait Prote (προτη, première); la seconde, Port-Cros, était celle du milieu et s'appelait par suite Mese (μηση, milieu); la troisième, l'île du Levant ou du Titan, placée après et comme au-dessous des deux autres, portait le nom d'Hypœa (υπο sous,—île inférieure).

Ce sont des fragments détachés de la chaîne des Maures.

Le nom des Îles d'or qu'on leur donne est tout à fait moderne; on ne le trouve dans aucun auteur ancien. A défaut de meilleure explication, on a pensé quelque fois que cette désignation avait été donnée aux îles d'Hyères à cause de l'éclat métallurgique et doré que jettent au soleil couchant leurs rochers granitiques à facettes et leur sable pailleté de mica. Les ruines qu'on y rencontre permettent cependant de supposer qu'elles étaient peuplées dans les temps anciens. On y a trouvé en effet un nombre assez recommandable de monnaies romaines et massaliotes à l'effigie des empereurs Néron, Vespasien, Titus, Nerva et Trajan; les monnaies grecques sont aux types de Marseille et des substructions qui paraissent indiquer un établissement d'une certaine importance.

L'empereur Claude, assailli par une violente tempête, lors de son voyage dans la Grande-Bretagne, vint y chercher un excellent refuge; elles furent aussi le théâtre de l'arrestation de Valens, le plus ambitieux des généraux de Vitellius, qui fut transporté delà à Urbinum, où Paulin le fît mettre à mort.

Aux premiers siècles du christianisme, les moines de Lérins établirent une succursale dans les trois îles qui prit un très grand développement.

Pendant près de cinq siècles ces moines vécurent sur ces trois rochers, repoussant les invasions des barbares et sauvant à plusieurs reprises les trésors des sciences et des lettres dont ils s'étaient constitués les gardiens.

Mais la lutte était inégale, et à la fin du XIIe siècle, les Barbaresques, victorieux et maîtres de l'Archipel, rasèrent leurs couvents, détruisent leurs églises, brûlèrent et jetèrent au vent les livres et les manuscrits qu'ils avaient pieusement recueillis. A dater de cette époque les Sarrasins paraissent avoir occupé les trois îles sans avoir été inquiétés. C'est delà qu'ils envoyaient leurs expéditions sur le littoral. C'était en quelque sorte les avant-postes de leur petit royaume de la chaîne des Maures, et ils réussirent à s'y maintenir encore longtemps après qu'ils avaient été chassés du continent.