A l'île du Levant se trouve un véritable lit de roches granatifères. Dans la partie E. et S., vers le NO. au centre de l'île, partout le schiste micacé, en se délitant et s'effeuillant aux impressions atmosphériques, jonche la terre de ses grenats. On peut, d'après M. Denis, reconnaître leur cristallisation dodécaèdre ou trapéziforme; ils sont en général d'un rouge-brun tirant sur le noir, quelquefois rouges, violacés et d'apparence terreuse, d'autres fois légèrement vitreux dans certains endroits. Vers l'E., sur le bord de la mer, ils se trouvent mêlés aux grenats prismatiques. Le mica-schiste, dans lequel cette substance est empâtée, est contourné ou anguleux et les cristaux prismatiques du disthine, élargis comme d'habitude sur deux faces opposées, s'allongent d'une manière remarquable, se recourbent, se redressent, et suivent exactement les mouvements de la roche sur laquelle ils sont appliqués.
Il existe aussi un gisement d'asbeste ou amianthe, à un endroit appelé la mine, où l'on ne peut arriver qu'au moyen d'une barque. L'asbeste se trouve dans les fissures d'une roche magnésienne. Elle affecte plusieurs formes et plusieurs couleurs, ses fibres sont le plus souvent d'un blanc d'argent, assez soyeuses, mais dures et compactes.
Un peu au-dessus du gisement d'asbeste, on trouve une actinote de couleur vert tendre, légèrement nacrée et châtoyante. Cet amphibole calcaréo-ferrugineux est basillaire, mais non pas à fibres droites; il s'offre, en outre, sous forme de petites lames assez étroites, irrégulièrement superposées ou divergentes. C'est, sans contredit, une des substances les plus remarquables de l'île, après toutefois les cristallisations des tixanoyides et des titaniates; le titaniate de fer se trouve dans le mica-schiste, il est solide, noir, métalloïde et cristallisé en octaèdre.
Les grosses roches, qui font saillie dans les parties centrales de l'île, sont formés de quartz hyalin, parfois d'une blancheur éblouissante.
J. Linden.
Enfin nous terminerons ce chapitre par quelques notes historiques:
Mela désigne toutes les îles du littoral de Provence sous les noms de Stœchades, qui signifie en grec rangées. Strabon en compte cinq. «Au devant de la côte, dit-il, en partant de Marseille, on trouve les îles Stœcades. Il y en a trois grandes et deux petites. Elles sont habitées par des cultivateurs marseillais; plus anciennement elles avaient même une garnison pour les garantir des descentes des pirates, car elles ne manquent pas de ports.» Et le géographe grec place à la suite les îles de Lérins, sous les noms de Leron (Sainte-Marguerite) et de Planasia (Saint-Honorat).
Agathémère place les deux petites Stœcades près de Marseille.
Pline est plus précis: «Les trois Stœcades, dit-il, sont ainsi nommées par les marseillais qui en sont voisins à cause de l'ordre dans lequel elles sont rangées. Les noms de chacune d'elle sont: Prote, Mese aussi appelée Pomponiana; la troisième est Hypœa; à partir de ces îles sont Sturmin, Phœmie et Philœ.» Il mentionne ensuite les îles Lero et Lerina, qui sont évidemment les îles de Lérins.
Etienne de Bysance en compte aussi trois, les place résolûment dans la rade de la ville phocéenne et ajoute qu'elles s'appelaient Ligustides, ce qui n'apprend pas grand chose, puisqu'elles étaient en face de la côte Ligurienne.