Plus récemment, l'Illustration horticole publiait la notice suivante de notre célèbre botaniste J. Linden.
NOTICE SUR L'ILE DU TITAN OU DU LEVANT.
L'île du Titan est la plus orientale et la plus grande des îles d'Hyères, les Stœchades des anciens. Pline raconte qu'on y faisait depuis la plus haute antiquité la pêche du corail, dont les Gaulois ornaient leurs épées et leurs boucliers. Diosdoride les appelait Stichades insulae du nom d'une herbe aromatique très abondante dans ces îles, le Sticha, qu'il indique comme étant une espèce de Thym; probablement le Lavandula υπο Stœchas. A la renaissance, les trois îles principales de Porquerolles, Port-Cros et Titan étaient connues sous le nom poétique d'îles d'or, sans doute à cause de l'éclat que jettent leurs rochers de mica-schiste. Quelques auteurs modernes leur ont maintenu cette dénomination.
Avant l'ère chrétienne, ces îles étaient visitées par les Phéniciens et les Phocéens, qui y formèrent des établissements. Les Romains s'y installèrent à leur tour. Pendant les premiers siècles du christianisme, les pieux cénobites de Lérins cherchèrent un refuge à l'île du Titan.
Les Maures vinrent ensuite s'installer dans cette île, d'où ils ravagèrent toute la côte provençale. Ils en furent définitivement chassés sous le règne de François I. En 1549, Henri II érigea l'île du Titan en marquisat, en faveur de Christophe, comte de Roquendorf, baron de Molemburg. Napoléon y fit construire le fort des Arbousiers aujourd'hui déclassé. Depuis, l'île a appartenu à divers propriétaires dont un des derniers, le comte de Pourtalès y fit exécuter de grands travaux et y établit un pénitencier et des plantations de vignes d'une grande étendue. Un seul clos entouré de murs a une contenance de cent hectares. L'île appartient depuis quelques années à M. Édouard Otlet, gendre de l'auteur de cette notice.
L'île du Titan a une superficie d'environ 1,400 hectares, son sol est montagneux, très élevé dans les parties septentrionales et s'étendant en pente vers le midi. Dans la partie orientale, on rencontre, sur les hauteurs, des dépressions de terrain qui se transforment plus bas en vallons parfaitement abrités et couverts d'une épaisse végétation, tels sont les vallons du Serpent, du Javieu, du Cagnet et du Titan. À l'abri du mistral et du vent d'est, qui sévissent avec violence sur les crêtes de l'île, ces localités jouissent d'une température semi-tropicale, particulièrement propice à la culture des Palmiers et autres plantes des régions chaudes du globe. Ce sont ces vallons, où jamais le thermomètre n'est descendu à zéro, qui ont été choisis pour y établir les grandes cultures que la Compagnie Continentale d'Horticulture se propose de créer dans le midi. Au fur et à mesure que les terrains seront défrichés et défoncés à une certaine profondeur, ils seront livrés à la culture et de grandes plantations de Palmiers appartenant aux genres Areca, Brahea, Chamaerops, Cocos, Kentia, Livistona, Phoenix, etc., y remplaceront la végétation primitive. Quelques parties particulièrement chaudes seront réservées pour l'acclimatation de certains arbres fruitiers exotiques et dans les dépressions des hauteurs s'établiront les grandes cultures de Rosiers, de Gardenia et autres plantes à fleurs destinées à alimenter le nord pendant les périodes d'hiver. Les fleurs n'y seront pas exposées, comme à Cannes et à Nice, aux gelées qui font manquer si fréquemment leur récolte.
L'île du Levant est aussi remarquable par sa flore que par sa constitution géologique. Il y a cinq ou six ans, l'île était encore couverte de forêts de Pins d'Alep (Pinus halepensis) et de Pins pignons (Pinus pinea), dérodées en grande partie. Sous la forêt comme dans les parties découvertes, le sol est couvert de maquis épais, composés d'Arbousiers gigantesques (Arbutus Unedo) ayant parfois des troncs de 50 centimètres de circonférence et mesurant jusqu'à 8 mètres de hauteur, de Bruyères arborescentes, Erica arborea, de 3 mètres de hauteur avec des troncs de 25 centimètres de circonférence, de Myrtes (Myrtus communis), de Lentisques (Pistacia lentiscus), de Daphne, de plusieurs espèces de Cistes, etc. Ces maquis forment des fourrés impénétrables sous lesquels les lapins, très abondants dans l'île, peuvent circuler à l'aise sans avoir à redouter l'œil perçant du chasseur. Dans les parties jachères, les Cistes apparaissent en grand nombre, tandis que dans les endroits découverts et incultes on rencontre l'Euphorbia dendroides, les Teucrium marum et massiliense, le Lavandula Stœchas, le Coronilla juncea, les Genista linifolia, candicans et spinosa, le Jasminum humile, l'Euphrasia linifolia, le Vitex agnus castus, le Thrincia tuberosa, etc. Dans le sable, sur le bord de la mer, croissent le Pancratium maritimum, l'Absinthium maritimum, et sous les rochers les Juniperus phœnicea et Sabina, le Statice minuta, l'Echinophora spinosa, quelques espèces d'Euphorbes, etc.
Nous devons à la complaisance de M. le docteur Bernard, de Porquerolles, les renseignements minéralogiques et géologiques suivants: