—Que rencontre-t-on à la chasse? demandais-je.

—Nous repeuplons en ce moment la chasse de l'île en y mettant des perdreaux et des faisans qui s'acclimatent très bien et atteignent même des proportions extraordinaires. Le lapin y pullule et j'estime qu'il y en a en moyenne 10 par hectare, ce qui est énorme. C'est une mauvaise engeance pour l'île car ils grignotent et rasent tout.—On est obligé de les tuer car ils se multiplient avec une rapidité effrayante. Chaque femelle fait 3 à 4 petits par trimestre.

Quant au gibier de passage on peut citer les sarcèles, les vanneaux, les cailles, les bécasses et les bécassines qui s'y arrêtent au printemps et à l'automne surtout au printemps à leur retour d'Afrique. Ils tombent alors sur l'île comme des masses inertes et on les tue assez facilement.

Le lièvre ne peut pas y tenir à cause du trop grand nombre de lapins. Quoique de la même famille, ces deux bêtes ne peuvent se souffrir, et comme les lapins seront toujours en plus grand nombre dans l’île, le lièvre n'y pourra jamais vivre. Ces détails donnés, nous nous mîmes en route. Il faisait une chaleur accablante. On se dirigea du côté de l'ouest avec l'intention de nous montrer le fort des Arbousiers. La chasse étant ouverte toute l'année, puisqu'il n'y a d'autres propriétaires que nous et que nous sommes clos par la mer, on s'y adonne à cœur joie.

Mais quelle chasse fatigante, toujours monter et descendre, marcher en pleine broussaille, se poster pendant des demi-heures entières sur un rocher sans bouger et ne pas faire de bruit, attendre qu'un lapin poursuivi à fond de train par les chiens vienne à passer dans la clairière. C'est là qu'il faut être habile! Il n'y a pas une seconde à perdre pour tirer. Mais avant d'avoir eu le temps d'épauler, le lapin est déjà à 10 mètres de vous.

Après une pareille chasse, qui souvent dure de 1 heure de l'après-midi à 6 heures du soir, soit 5 heures, je puis vous affirmer que l'on n'est pas fâché d'aller se coucher.

Le lendemain était jour de courrier; tout le monde reste au château. On ne va pas à la chasse tant grand le désir est de savoir les nouvelles qu'apporte la poste.

A 8 heures ou à 9 heures suivant le vent, le Titan, beau bateau de 8 mètres, avec voile latine, et monté par 2 bateliers très expérimentés part pour Port-Cros avec les lettres.

A Port-Cros, l'île voisine, un vapeur fait 3 fois par semaine le service des îles.

Le Titan lui remet ses plis, embarque les marchandises pour l'île du Levant, prend les lettres et revient aussitôt après. Il arrive ordinairement entre 1 et 2 heures.