—Dans le temps, me dit-il, une fabrique de pipes de bruyère était installée ici et chacune de ces roues faisaient marcher un tour. Ces roues marchent au moyen d'une machine à vapeur que nous allons voir.
Nous descendîmes dans la cave, où, en effet, se trouvaient une machine et des chaudières.
—Cette machine sert aussi au moulin à vapeur et à la distillerie; elle devait encore servir pour le chemin de fer funiculaire qui devait être installé entre la mer et la Colonie. D'ailleurs, cette plateforme que vous voyez là a été faite pour cela.
Et il nous montrait un chemin ayant une pente d'au moins 20 degrés.
En continuant, nous visitâmes successivement la distillerie, l'atelier des tonneliers, la buanderie. Nous arrivâmes enfin au magasin.
—Ceci vous représente, dit mon oncle Fernand, le magasin de vivres. Tous les matins, de 8 heures à 8 heures et demie, les ouvriers viennent chercher ici ce dont ils ont besoin pour la journée. Comme il serait trop difficile et trop coûteux pour eux de faire venir leurs vivres de Toulon, nous nous en chargeons en vendant ici tout ce qu'il leur faut au même prix. Maintenant, il ne nous reste plus à voir que le jardin légumier. Toutes ces maisons que vous voyez çà et là sont des maisons d'ouvriers. Il y en a pour loger une cinquantaine de familles. La maison que vous voyez là-bas est la cantine, celle-ci est la boulangerie, voilà l'aumônerie et celle-là est la direction et le greffe où j'ai mon bureau. Au dessous du pénitencier sont de grandes caves pour conserver le vin. Il y a là d'immenses foudres pouvant contenir ensemble jusqu'à 250,000 litres de vin. Mais allons visiter le jardin. Le jardin légumier a la superficie d'un hectare environ, clos de murs. Il est pourvu d'un barrage qui retient les eaux nécessaires pour son irrigation en été.
Je fus tout surpris de voir trois immenses palmiers avec une quantité de petits poussant très bien en pleine terre. J'appris que l'on pouvait semer et planter pendant presque toute l'année, qu'on mangeait des asperges et des pois en janvier, des fraises en novembre, des fèves de marais en mars, etc., etc.
De là mon oncle Fernand nous conduisit dans son bureau et étendit devant nous le plan de l'île en nous disant:
»L'île du Levant peut se diviser en 12 parties: Les grottes, l'Arbousier, le grand Champ, le Château, la Colonie (l'Avis), la Vierge, la pierre de Fer, la Vallée des Suisses, le Javieu, le Canier, le Titan et la Charbonnière, au delà se trouvent le Phare et le Sémaphore. La plupart des vallons sont situés au midi et par conséquent à l'abri du mistral; ils sont tous propres à la culture. Il y a deux chevaux de selle à l'écurie, tu monteras Basane et le garde, un vieux grognard, qui a parcouru l'île en tous sens, t'accompagnera, monté sur ma jument Aïda.—Vous visiterez ainsi toute l'île sans vous fatiguer.
Après le déjeûner une partie de chasse fut décidée.