Je me proposais d’utiliser mon temps et de faire un voyage au nord, dans la province d’Ilocos et de Pangasinan.
J’avais mon projet; je voulais, s’il était possible, faire une excursion chez les Tinguianès et les Igorrotès, populations sauvages desquelles on parlait beaucoup, sans les connaître, et que je désirais étudier par moi-même.
Je me gardai bien de confier cette idée à personne; c’est alors que l’on n’aurait plus su quel nom me donner!
Je fis mes préparatifs, et je partis avec mon fidèle lieutenant Alila, qui ne me quittait jamais, et qu’on avait bien eu raison de surnommer Mabouti-Tajo.
Nous étions montés sur de bons chevaux qui nous emportèrent comme des gazelles à Vigan, chef-lieu de la province d’Ilocos-Sud, où nous les laissâmes. Là nous primes un guide qui nous conduisit dans l’est, auprès d’une petite rivière nommée Abra (ouverture).
Cette rivière est la seule issue par laquelle on peut pénétrer chez les Tinguianès. Elle serpente entre de hautes montagnes de basalte; ses bords sont escarpés, son lit est encombré d’énormes blocs de rochers qui sont tombés du flanc des montagnes. Il est impossible de côtoyer ses bords.
Pour arriver chez les Tinguianès, il faut avoir recours à une embarcation légère qui puisse facilement franchir le courant et les endroits peu profonds.
Mon guide et mon lieutenant eurent bientôt fabriqué un petit radeau de bambous. Le radeau construit, nous nous embarquâmes, Alila et moi, notre guide refusant de nous accompagner.
Après beaucoup de peine et de fatigues, en nous mettant souvent à l’eau pour traîner notre radeau, nous franchîmes enfin la première ligne des montagnes, et nous aperçûmes, dans une petite plaine, le premier village tinguian.
Arrivés là, nous mîmes pied à terre pour nous diriger vers les huttes que nous distinguions de loin.