Je conviens que c’était bien un peu agir en fou que d’aller nous aventurer ainsi au milieu d’une peuplade d’hommes féroces et cruels, dont nous ne connaissions pas la langue; mais je comptais sur mon étoile! J’ajouterai que j’avais pris divers objets pour les offrir en cadeaux, espérant rencontrer quelque habitant parlant la langue tagaloc.
Je marchais donc sans m’inquiéter de ce qui nous adviendrait.
Après quelques instants nous arrivâmes enfin aux premières cases, et les habitants nous firent tout d’abord une réception peu agréable. Effrayés de notre approche, ils s’avancèrent vers nous armés de haches et de lances; nous les attendîmes sans reculer. Je résolus de parler avec eux au moyen de gestes, et je leur montrai des colliers de verroterie, pour leur faire comprendre que nous venions en amis. Ils se concertèrent entre eux, et lorsqu’ils eurent tenu conseil, ils nous firent signe de les suivre.
Nous obéîmes.
On nous conduisit devant un vieux chef.
Ma générosité fut plus grande envers lui qu’elle ne l’avait été avec ses sujets. Il parut si enchanté de mes présents, qu’il nous rassura, nous faisant comprendre que nous n’avions rien à craindre, et qu’il nous prenait sous sa haute protection.
Ce bon accueil m’avait donné la certitude que nous étions traités en amis par ces sauvages, si cruels envers leurs ennemis.
Je me mis alors à examiner avec attention les hommes, les femmes et les enfants qui nous entouraient, et qui paraissaient aussi étonnés que nous l’étions nous-mêmes.
Ma surprise fut très-grande lorsque je vis des hommes d’une belle stature, légèrement bronzés, aux cheveux plats, au profil régulier, avec un nez aquilin, et des femmes vraiment belles et gracieuses. Étais-je bien chez des sauvages?
J’aurais plutôt pu croire que j’étais chez des habitants du midi de la France, si ce n’eût été le costume et le langage.