Les hommes portaient pour tout vêtement une ceinture, et une espèce de turban fait d’écorce de figuier. Ils étaient armés, comme ils le sont toujours, d’une longue lance, d’une petite hache, et d’un bouclier.
Les femmes portaient également une ceinture, mais elles avaient en outre un petit tablier très-étroit qui leur descendait jusqu’aux genoux. Leur tête était ornée de perles, de grains de corail et d’or, mêlés avec leurs cheveux; la partie supérieure de leurs mains était peinte en bleu, leurs poignets étaient garnis de bracelets en tissu, parsemés de verroterie: ces bracelets montaient jusqu’au coude, et formaient comme des demi-manches tressées.
J’appris, à ce sujet, une particularité assez singulière. Ces bracelets en tissu compriment follement le bras; on les met quand les femmes sont encore toutes jeunes, et ils empêchent le développement des chairs au profit du poignet et de la main, qui se boursouflent et deviennent horriblement gros: c’est un signe de beauté chez les Tinguianès, comme le petit pied chez les Chinoises, et la taille fine chez les Européennes.
Dans les jours de grande fête, quelques favorisés du sort, hommes et femmes, ajoutent à la primitive ceinture de figuier une petite veste très-étroite en étoffe de coton, ainsi qu’une espèce d’écharpe qui, selon le bon plaisir de celui qui la porte, prend la forme de turban, de ceinture, ou de véritable écharpe jetée sur une épaule et passant sous le bras opposé.
Les veuves, pendant les funérailles de leurs maris, portent aussi un large voile blanc qui les couvre de la tête aux pieds.
Ces étoffes sont tissées par eux-mêmes d’une manière tout à fait primitive: ils attachent un certain nombre de fils à un pieu ou à un arbre, l’autre extrémité à leur corps; ensuite, en tournant sur eux-mêmes, ils enroulent les fils à leur ceinture, en s’approchant jusqu’à la longueur du bras, de l’extrémité attachée à l’arbre; une petite navette et un peigne forment le reste du métier. Au fur et à mesure qu’ils ont ourdi une certaine longueur d’étoffe, ils s’éloignent du point de départ en tournant en sens inverse, pour dérouler de leur ceinture le fil nécessaire à la trame. Avec cette méthode, ils ne parviennent à faire que des étoffes n’ayant qu’une largeur de 20 à 30 centimètres.
J’étais tout étonné de me trouver entouré de cette population, qui n’avait véritablement rien d’effrayant.
Une seule chose m’importunait, c’était l’odeur que ces peuplades répandaient autour d’elles, et que l’on sentait même d’assez loin. Cependant les hommes et les femmes sont très-propres, ils ont l’habitude de se baigner deux fois par jour. J’attribuai cette odeur désagréable à leur ceinture et à leur turban, qu’ils ne quittent pas et qu’ils laissent tomber en lambeaux.
Je remarquai que l’accueil qui m’avait été fait par le chef attirait sur nous la bienveillance de tous les habitants, et j’acceptai sans crainte l’hospitalité qui nous fut offerte.
C’était le seul moyen de bien étudier les mœurs et les habitudes de mes nouveaux hôtes.