Le territoire occupé par les Tinguianès est situé par le 17º de latitude nord, et le 27º de longitude ouest; il est divisé en dix-sept villages.
Chaque famille possède deux habitations, une pour le jour, l’autre pour la nuit.
L’habitation du jour est une petite case en bambou et en paille, dans le genre de toutes les cases indiennes.
Celle de nuit est plus petite et perchée sur de grands pieux, ou au sommet d’un arbre, à soixante ou quatre-vingts pieds au-dessus du sol.
Cette hauteur m’étonna; mais je compris cette précaution lorsque je sus que, réfugiés dans cette case de nuit, les Tinguianès se préservent ainsi des attaques nocturnes des Guinanès, leurs ennemis mortels, et s’en défendent avec des pierres qu’ils lancent du sommet des arbres[1].
Au milieu de chaque village, il y a un grand hangar qui sert aux réunions, aux fêtes et aux cérémonies publiques.
Il y avait déjà deux jours que j’étais au village de Palan (c’est ainsi que s’appelait le lieu où je m’étais arrêté), lorsque les chefs reçurent un message de la bourgade de Laganguilan y Madalag, une des plus éloignées dans l’est. Par ce message, les chefs étaient prévenus que les habitants de la bourgade avaient soutenu un combat, et qu’ils en étaient sortis victorieux.
A cette nouvelle, les habitants de Palan poussèrent des cris de joie qui se changèrent en véritable tumulte, lorsqu’on apprit qu’une fête allait être célébrée en commémoration du succès à Laganguilan y Madalag. Chacun désirait y assister; hommes, femmes, enfants, tous voulurent partir.
Mais les chefs choisirent un certain nombre de guerriers, quelques femmes, plusieurs jeunes filles, et l’on se prépara au départ.
L’occasion s’offrait trop belle pour que je n’en profitasse pas, et je priai instamment mes hôtes de me permettre de les accompagner. Ils consentirent, et la nuit même nous nous mîmes en marche au nombre de trente.