«—Eh bien! lui dis-je, n’as-tu pas peur de passer la nuit auprès d’une morte?

«—Non, maître, me répondit-il hardiment. Cette morte c’est une âme chrétienne, qui, loin de nous vouloir du mal, veillera sur nous.»

Je m’étonnai de la réponse du Tagaloc, de son calme, de sa sécurité. Le coquin avait des motifs pour me parler ainsi.

Les cases indiennes, dans les campagnes, ne se composent jamais que d’une chambre; celle où nous étions était à peine assez grande pour nous loger tous quatre.

Chacun de nous s’y arrangea le mieux qu’il lui fut possible.

La morte occupait le fond; une petite lampe placée à sa tête jetait une faible clarté; auprès d’elle était couchée sa pauvre fille.

Je m’étais placé à une petite distance de ce lit funéraire, et mon lieutenant était le plus rapproché de la porte, que nous avions laissée ouverte pour éviter la chaleur et le mauvais air.

Vers les deux heures de la nuit je fus réveillé par une voix déchirante, et je sentis au même instant que quelqu’un passait par-dessus moi en poussant des cris qui retentirent bientôt en dehors de la cabane.

Je portai aussitôt la main du côté où était couché Alila; sa place était vide, la lampe était éteinte, l’obscurité complète...

Cela m’inquiéta.