Deux heures après le lever du soleil, nous sortîmes de la forêt pour entrer dans la plaine.
De distance en distance nous trouvions des champs de riz cultivés à la manière tagale; mon lieutenant me dit alors avec une joie naïve:
«—Maître, nous sommes sur la terre des chrétiens!»
En effet, la route devenait plus facile. Nous suivîmes un petit sentier, et vers le soir nous arrivâmes devant une cabane indienne.
Au seuil de cette cabane une jeune fille était assise; des larmes coulaient avec abondance sur son visage attristé. Je m’approchai, et lui demandai la cause de son chagrin.
En entendant mes questions elle se leva, et sans y répondre nous conduisit au fond de son habitation.
Là nous vîmes le corps inanimé d’une vieille femme, et nous apprîmes que cette morte était la mère de la jeune fille.
Son frère était allé jusqu’au village chercher les parents de la défunte, pour qu’ils l’aidassent à transporter son corps.
Cette scène m’attendrit. Je cherchai à consoler la jeune désolée, et lui demandai l’hospitalité, qui nous fut accordée aussitôt.
La compagnie d’une morte ne m’effrayait pas; mais je pensai à Alila, si superstitieux et si craintif quand il s’agissait des revenants et des esprits malins.