«—Thérésa a été enlevée, répondit-il.

«Je n’entendis plus rien à cette révélation, et pendant quelques minutes, tel que le guerrier frappé au cœur par la flèche empoisonnée, je fus privé de tout sentiment.

«Lorsque je revins à moi, des larmes inondèrent mon visage et vinrent me soulager.

«Subitement je repris courage, et je compris qu’il ne fallait pas perdre de temps.

«Je courus à la plage, où j’avais laissé ma pirogue. Je la détachai, et m’élançai à force de rames à la poursuite des Malais, non dans l’espoir de leur arracher Thérésa, mais pour partager sa captivité et ses malheurs. On souffre moins à deux les maux qu’il faut souffrir.

«Celui qui m’avait apporté la fatale nouvelle me vit partir, et crut que j’étais fou. Mon visage portait en effet toutes les traces de l’aliénation mentale.

«Je semblais inspiré par le Grand Esprit; ma pirogue volait sur les eaux agitées de la mer, comme si elle eût eu des ailes. On eût dit que j’avais vingt rameurs à mes ordres; je fendais les flots avec la même rapidité que le vol de l’alcyon emporté par la tempête.

«Après quelques instants de navigation pénible et douloureuse, j’aperçus enfin les corsaires qui emmenaient mon trésor. Leur vue doubla mes forces, et je les rejoignis bientôt.

«Lorsque je fus auprès d’eux, je leur dis, avec des accents touchants et qui venaient de mon âme, que Thérésa était ma femme, et que je préférais être esclave avec elle que de l’abandonner.

«Les pirates écoutèrent ma voix étouffée par les larmes, et me prirent à leur bord, non par commisération, mais par cruauté.