«Quelle eût été ma joie si nous eussions été à Zébu au milieu de notre famille et de nos amis! Que de bonheur j’eusse éprouvé à l’idée d’être père! Hélas! dans l’esclavage, cette pensée me glaça de terreur, et je résolus d’arracher la mère et son enfant aux tortures de la captivité.
«Je m’étais fait une plaie à la jambe dans une excursion précédente, et cette blessure me fut d’un grand secours.
«Mes maîtres partirent un jour pour aller sur le bord du grand lac, et, me sachant blessé, me laissèrent à Jolo.
«Je profitai de cette occasion pour mettre à exécution un projet que j’avais formé depuis fort longtemps, celui de fuir avec Thérésa.
«L’œuvre était hardie, mais le désir d’être libre double les forces et augmente le courage; je n’hésitai pas un seul instant.
«Lorsque la nuit fut venue, Thérésa prit par une route que je lui indiquai, je pris par une autre, et nous arrivâmes tous les deux à peu de distance du bord de la mer. Là, nous nous jetâmes dans une petite pirogue, et nous nous mîmes sous la protection du ciel.
«Toute la nuit, nous fîmes force de rames; je n’oublierai de ma vie cette fuite mystérieuse. Le vent soufflait avec une certaine violence, la nuit était noire, et les étoiles perdaient peu à peu leur vif éclat.
«Nous croyions toujours entendre derrière nous le bruit causé par les gens chargés de nous poursuivre, et nos cœurs battaient si violemment qu’on eût pu les entendre au milieu du silence qui régnait dans la nature!
«Enfin, le jour arriva; peu à peu nous distinguâmes, dans les brumes du matin, les rochers qui bordaient la mer, nous pûmes voir assez dans le lointain pour reconnaître que nous n’étions pas poursuivis!
«L’âme remplie d’un saint espoir, nous continuâmes à ramer avec courage en dirigeant notre barque vers le nord, pour aborder dans une île chrétienne.