«J’avais pris avec nous quelques cocos, mais ils étaient d’une faible ressource; et il y avait trois grands jours que nous naviguions sans rien prendre, lorsque, exténués de fatigue, nous tombâmes à genoux en invoquant l’enfant Jésus de Zébu.

«Après cette fervente prière, nos forces étaient tout à fait épuisées. Nous laissâmes tomber nos rames de nos mains affaiblies, et nous nous couchâmes au fond de la pirogue, décidés à périr dans une étreinte affectueuse.

«Notre défaillance augmenta insensiblement, et nous perdîmes tout à fait connaissance...

«La pirogue alla au gré des flots!

«Lorsque nous revînmes à nous,—j’ignore au bout de combien de temps,—nous nous retrouvâmes entourés de soins par des chrétiens qui nous avaient aperçus dans notre frêle embarcation, et qui nous avaient charitablement recueillis.

«A peine fûmes-nous à terre, que ma chère Thérésa se sentit prise par de violentes douleurs, et qu’elle mit au monde un enfant chétif et souffreteux.

«Je m’agenouillai devant cette innocente créature échappée de l’esclavage. C’était un garçon...»

Le pêcheur poussa un soupir, et des larmes vinrent tomber sur ses deux mains amaigries.

Chacun de nous respecta ce douloureux souvenir.

«—Notre convalescence fut longue, dit Re-Lampago; enfin nous reprîmes assez de santé pour quitter l’île de Négros, où l’enfant Jésus nous avait fait miraculeusement aborder, et nous vînmes nous établir ici, au bord de ce grand lac, qui, situé dans l’intérieur de l’île de Luçon, me facilitait les moyens de continuer mon état de pêcheur sans craindre les Malais, qui auraient fort bien pu nous reprendre à Zébu.