Dès son début, cette épidémie moissonnait des milliers d’Indiens.

Les rues de Manille étaient sillonnées, la nuit et le jour, de chariots remplis de cadavres.

Les habitants, renfermés chez eux, employèrent divers moyens pour se préserver de la contagion.

Dans quelques maisons on brûlait des herbes aromatiques, on enfumait toutes les chambres;

Dans d’autres, on inondait les appartements de vinaigre.

Mais rien n’arrêtait la mortalité; la consternation était générale. Aussi plus d’affaires, plus de promenades, plus de distraction.

Chaque famille restait dans sa demeure; les femmes et les enfants, prosternés devant l’image du Christ, imploraient à haute voix sa miséricorde.

Quelques médecins espagnols s’étaient enfuis de la capitale; et ceux qui restèrent, avec deux Français, MM. Godefroy et Charles Benoît, ne suffisaient point aux nombreux malades qui réclamaient leur assistance.

Les Indiens, qui n’avaient jamais vu pareille mortalité, s’imaginèrent que les étrangers empoisonnaient les fontaines et les rivières, pour détruire la population et s’emparer du territoire.

Cette fatale opinion, qui eut des suites si affreuses, courut bientôt de bouche en bouche.