Le général qui gouvernait l’île en fut prévenu. C’était alors M. Folgueras, excellent homme, mais faible et pusillanime.

Soit qu’il ne vît aucun danger pour les étrangers, soit qu’il fût trop préoccupé lui-même des effets désastreux de l’épidémie, il ne prit aucune précaution pour la sécurité de ses hôtes.

Le 9 octobre 1820, anniversaire de mon départ de France, commença un épouvantable massacre à Manille et à Cavite.

M. Victor Godefroy le médecin, et son frère le naturaliste, arrivés depuis peu à Manille, logeaient avec quatre Français, tous officiers de la marine du commerce, dans le faubourg de Santa-Cruz.

Ce jour-là, le médecin sortit de très-bonne heure pour voir un malade.

Dans la rue, quelques Indiens commencèrent à lui crier qu’il était un empoisonneur.

Peu à peu le nombre augmenta, et bientôt il se vit entouré d’un groupe menaçant.

Des alguazils arrivèrent, s’emparèrent de lui, et, comme un coupable, le conduisirent à la maison communale.

Au moment où ils allaient lui passer la tête dans un bloc[2] pour le tenir prisonnier, Godefroy, qui n’avait jamais vu une pareille machine, se figura qu’elle était un instrument de supplice, et qu’on voulait s’en servir pour l’étrangler.

Dans l’espoir de conserver sa vie, il sauta par une croisée, et s’enfuit.