Pas une des femmes de Tapuzi n’était jamais sortie de son village et n’avait presque perdu sa case de vue; il n’était donc pas étonnant qu’elles fussent aussi curieuses.
Le lendemain, accompagné du vieillard et de quelques anciens, je fis le tour de la plaine et visitai les champs de patates douces et de maïs, principaux aliments des habitants.
En arrivant à la partie où j’avais déjà remarqué la veille d’énormes blocs de rochers, le vieillard s’arrêta, et me dit:
«Voyez, Castilla[7], à une époque où les Tapuziens étaient sans religion et vivaient comme des bêtes sauvages, Dieu les punit.
«Regardez toute cette partie de la montagne dégarnie de végétation: une nuit, au milieu d’un affreux tremblement de terre, la montagne se divisa en deux, et une partie vint engloutir la moitié du village, qui occupait alors tout l’endroit où sont ces énormes rochers. Quelques centaines de pas de plus, tout eût été détruit, il n’eût plus existé une seule personne à Tapuzi. Mais une partie de la population ne fut pas atteinte, et alla s’établir où est maintenant le village.
«Depuis, nous prions Dieu, et vivons de manière à ne pas mériter un aussi grand châtiment que celui éprouvé par les malheureuses victimes de cette terrible nuit.»
La conversation et la compagnie de ce vieillard, je pourrais dire du roi de Tapuzi, était pour moi des plus intéressantes. Mais il y avait déjà plusieurs jours que j’avais quitté Jala-Jala; on devait être inquiet de mon absence. Je prévins mon lieutenant de préparer notre départ. Nous fîmes nos adieux à nos hôtes.
Deux jours après je rentrai chez moi, content de mon voyage et des bons habitants de Tapuzi.
Je trouvai Anna dans une grande inquiétude, non-seulement à cause de mon absence, mais parce que la veille on était venu me prévenir que les habitants des deux plus grands bourgs de la province s’étaient, pour ainsi dire, déclaré la guerre.
Les plus courageux, au nombre de trois ou quatre cents de chaque côté, s’étaient rendus sur l’île de Talim.