Ils étaient tout à fait méconnus. C’était un véritable grand phalanstère, composé de frères presque tous dignes de ce nom.
J’admirais surtout ce beau vieillard qui, avec des principes de morale et des lois si simples, les gouvernait depuis un grand nombre d’années.
D’un autre côté, quel exemple que celui d’hommes libres ne pouvant vivre sans se choisir un chef, un roi pour ainsi dire, et revenant les uns par les autres à pratiquer le bien et la vertu!
Je fis part à mon vieillard de toutes mes pensées, je lui fis mille éloges de sa conduite, et l’assurai que monseigneur l’archevêque de Manille approuverait tous les actes religieux qu’il remplissait dans un si noble but; je lui offris même d’intercéder près de l’archevêque pour qu’il lui envoyât un aide et un pasteur.
Mais il me répondit:
«Non, Monsieur, je vous remercie; ne parlez jamais de nous. Assurément, nous serions heureux d’avoir ici un ministre de l’Évangile; mais bientôt, par son influence, nous serions soumis au gouvernement espagnol.
«Il nous faudrait de l’argent pour payer nos contributions, l’ambition se glisserait parmi nous, et, de libres que nous sommes, nous deviendrions esclaves et ne serions plus heureux.
«Non, encore une fois, ne parlez pas de nous! donnez-m’en votre parole.»
Son raisonnement me semblait si juste, que j’acquiesçai à sa demande. Je lui donnai de nouveau toutes les louanges qu’il méritait, et je lui promis de ne jamais troubler par aucune indiscrétion la tranquillité des habitants de son village.
Le soir, nous reçûmes la visite de tous les habitants, particulièrement des femmes et des jeunes filles, qui toutes avaient une curiosité immodérée de voir un blanc.