«Nous n’avons point oublié la religion de nos pères, et Dieu sans doute me pardonnera mes premières fautes en faveur de tout ce que je fais, depuis tant d’années, pour son culte et le bien de mes semblables.»

«Mais, lui dis-je, qui est votre chef? quels sont vos juges et vos prêtres?

«C’est moi, dit-il; à moi seul je remplis toutes ces fonctions.

«Autrefois, ici on vivait comme de vrais sauvages; j’étais jeune, robuste, et dévoué à tous mes frères.

«Leur chef vint à mourir; je fus choisi pour le remplacer.

«Je mis alors tous mes soins à ne rien faire qui ne fût juste, et propre au bonheur de ceux qui se confiaient à moi.

«Jusqu’alors on avait fait peu de cas de la religion; j’ai voulu rappeler à mes semblables qu’ils étaient nés chrétiens. J’ai donc fixé une heure le dimanche pour prier tous ensemble, et je me suis revêtu de tous les attributs d’un ministre de l’Évangile.

«Je célèbre les mariages, je répands l’eau du baptême sur le front des nouveau-nés, et j’offre des consolations aux moribonds.

«Dans ma jeunesse, j’avais été enfant de chœur: je me suis rappelé les cérémonies de l’Église. Si je ne suis pas investi des attributions nécessaires pour les fonctions que je me suis données, je les exerce avec foi et avec amour; c’est pourquoi j’espère que mes bonnes intentions me feront pardonner par celui qui est le Maître suprême.»

Pendant tout le discours du vieillard, j’avais été dans une admiration continuelle: j’étais au milieu de gens qui avaient la réputation de vivre dans la plus grande licence, comme des voleurs et des assassins.