L’iguana et la chauve-souris ont une chair savoureuse et délicate; mais quant au goût, tout gît dans notre imagination, comme on va le voir.

Après une de ces grandes chasses aux petites îles, un jeune Américain me dit que ses amis et lui désiraient goûter de l’iguana et de la chauve-souris.

Les croyant tous d’accord, je commandai à mon maître d’hôtel un carik d’iguana et un ragoût de chauve-souris.

Au dîner, on commença par le carik; tous en mangeaient de bon appétit, lorsque je dis à l’un d’eux:

«Vous voyez que l’iguana est une chair d’un goût délicat?»

A ce mot d’iguana, tous mes hôtes changèrent de couleur, et chacun, par un mouvement subit, repoussa son assiette sans pouvoir avaler le morceau qu’il avait dans la bouche; il fallut faire disparaître l’iguana et la chauve-souris pour qu’ils pussent continuer leur repas.

Lorsque je le pouvais, j’accompagnais mes hôtes: alors la chasse était toujours abondante et remplie d’intérêt, parce que j’avais soin de les conduire dans des lieux giboyeux et pittoresques.

Je les menais quelquefois à l’île de Socolme, beaucoup plus curieuse encore que les îles aux chauves-souris.

Socolme est un lac circulaire, d’une lieue de circonférence, au milieu du grand lac, dont il est séparé par un cordon de terre, ou, pour mieux dire, par une montagne d’un très-petit diamètre à la base, et dont le sommet se termine en arête, et presque perpendiculairement à plus de cinq cents mètres au-dessus des eaux. Les deux versants sont complétement couverts de grands arbres d’une belle végétation. C’est sur le côté du petit lac, où les Indiens ne vont jamais, de crainte des caïmans, que vont nicher presque tous les oiseaux aquatiques du grand lac. Chaque arbre, blanchi depuis le haut jusqu’en bas par la fiente qu’ils y déposent, est couvert de nids remplis d’œufs et d’oiseaux de tous les âges...

Un jour, accompagné de mon frère et de M. Hamilton Lindsay[6], aussi intrépide explorateur que nous l’étions nous-mêmes, nous partîmes de l’habitation, avec l’intention de faire passer une légère pirogue par-dessus la montagne de Socolme, et de nous en servir pour une promenade sur le lac. Après bien des difficultés, avec l’aide de quelques Indiens, nous parvînmes à mettre notre projet à exécution.