Là, ils faisaient une chasse tout à fait inconnue en Europe, celle d’énormes chauves-souris, espèce de vampire connu par les naturalistes sous le nom de roussettes.
Pendant six mois de l’année, à l’époque de la mousson de l’est, tous les arbres de ces petites îles sont couverts, depuis le sommet jusqu’aux premières branches, de ces chauves-souris; elles remplacent le feuillage qu’elles ont entièrement détruit. Enveloppées de leurs grandes ailes, elles dorment durant le jour, puis, la nuit, partent en grandes bandes et vont au loin chercher leur pâture.
Dès que la mousson de l’ouest remplace celle de l’est, elles disparaissent pour aller, toujours dans les mêmes lieux, s’abriter du vent sur la côte est de Luçon. La mousson change-t-elle? elles reviennent à leur ancienne demeure.
Aussitôt que mes hôtes mettaient pied à terre sur une de ces îles, la fusillade commençait, et durait jusqu’à ce que les chauves-souris, épouvantées par tant de détonations et par les cris des blessés restés accrochés aux branches, partissent en masse.
Elles tourbillonnaient pendant quelque temps comme un gros nuage au-dessus de leur demeure, imitaient parfaitement les Furies représentées dans certaines gravures qui figurent les enfers, et allaient ensuite à une faible distance s’abattre sur les arbres d’une petite île voisine.
Si les chasseurs n’étaient pas fatigués du carnage, ils pouvaient aller les rejoindre et le recommencer; mais presque toujours il y avait assez de victimes, et l’on s’occupait alors à les ramasser sous les arbres d’où elles avaient été abattues.
La chasse aux chauves-souris terminée, on s’amusait à poursuivre et à tirer des iguanas, grande espèce de lézard de cinq à six pieds de long, qui habite dans les rochers sur le bord du lac.
Fatigués de tirer sans avoir eu besoin d’adresse, les chasseurs se rembarquaient dans les pirogues, et jouissaient encore d’un autre amusement: c’était de tirer les aigles qui venaient planer au-dessus de leur tête.
Mais ici il fallait de l’adresse et beaucoup de justesse de coup d’œil, car presque toujours ce n’était qu’avec une balle qu’on pouvait atteindre ces énormes oiseaux de proie.
On rentrait ensuite à l’habitation avec les embarcations pleines de gibier, et chacun avait quelques prouesses à raconter.