Les jours de repos, nous allions, dans les bois voisins des champs cultivés, faire la guerre aux singes, les plus grands ennemis de nos moissons.
Aussitôt qu’un petit chien dressé à cette chasse nous avertissait par ses aboiements que des maraudeurs étaient en vue, nous nous rendions sur les lieux, et la fusillade commençait.
L’épouvante se mettait dans la petite famille. Chacun se cachait dans son arbre, et, du mieux qu’il pouvait, devenait invisible.
Mais le petit chien ne quittait pas le pied de l’arbre. Nous tournions tout autour, et finissions toujours par découvrir celui qui s’y était blotti. La fusillade recommençait, alors jusqu’à ce qu’il fût tombé.
Enfin, quand nous avions fait plusieurs victimes, je les envoyais pendre à des fourches patibulaires autour des champs de canne à sucre, pour épouvanter ceux qui s’étaient échappés.
Seulement, le plus gros était toujours porté au père Miguel, mon bon curé, pour lequel un ragoût de singe était un vrai régal.
Quelquefois, c’était à plusieurs jours de marche de Jala-Jala que je conduisais mes hôtes, pour leur faire voir des sites admirables, des cascades, des grottes, ou ces merveilles de végétation que produit la féconde nature des Philippines.
Un jour, M. Hamilton Lindsay, le plus intrépide voyageur que j’aie connu, le même qui m’avait accompagné sur le lac de Socolme, me proposa une partie pour la grotte de San-Matéo, grotte que plusieurs voyageurs et moi-même avions visitée plus d’une fois, mais toujours d’une manière si incomplète que nous n’en avions exploré qu’une faible partie.
Cette proposition était trop dans mes goûts pour ne pas l’accepter avec empressement; mais, cette fois, je ne voulus pas revenir de cette expédition comme des précédentes, c’est-à-dire sans avoir fait toutes les tentatives possibles pour la parcourir dans toute son étendue.
Lindsay, un médecin que je m’abstiens de nommer et mon frère prirent, avec moi, la résolution de vérifier si tout ce que nous disaient les Indiens de cette grotte avait quelque vraisemblance, ou bien si, comme je l’avais si souvent éprouvé, leur esprit poétique n’inventait pas des merveilles qui n’avaient jamais existé.