Cette protection du curé compliquait singulièrement ma mission; il n’était ni prudent ni facile d’aller attaquer le presbytère.

Pour prendre les matelots français, il fallait agir de ruse.

A une petite distance du bourg, je me cachai dans un bois, et attendis que la nuit fût close pour en sortir avec mes gens.

Je me rendis chez le chef du bourg, et je lui dis:

«Quatre déserteurs français sont cachés ici, et cela ne peut être qu’avec ton consentement et celui de tes administrés; en conséquence, je viens te prendre pour te conduire à Manille, où tu rendras compte de ta conduite au gouvernement.»

Le pauvre Indien commença à trembler, et me répondit:

«C’est vrai; mais je vous assure que nous n’avons manqué à nos devoirs qu’à la prière et sur l’ordre de notre curé, qui a eu pitié des pauvres Français, qui se disent si malheureux à bord de leur navire.»

«Je te crois, lui dis-je, et ta faute peut être pardonnée, si, à l’instant, tu me les amènes ici. Dis-leur, pour les faire venir, tout ce que tu voudras; mais surtout pas un mot sur ma présence! Si, dans une demi-heure, tu n’es pas de retour, j’irai te chercher.»

L’Indien partit, et un quart d’heure après j’entendis dans la rue les matelots qui venaient en chantant un air français. Je fis cacher mes deux gardes. Je me plaçai près de la porte, dans une position à ce qu’ils pussent entrer sans me voir; et aussitôt qu’ils furent tous les quatre au milieu de la chambre, je me découvris, et me mis entre la porte et eux.

«Vous êtes déserteurs de l’Artémise, leur dis-je; et je viens vous prendre pour vous conduire à bord de votre frégate.»