«Monsieur de la Gironière, je vois que je serai obligé de mettre à la voile sans les hommes qui ont déserté, si vous ne voulez pas vous-même aller à leur recherche. Je vous supplie de sacrifier un peu de votre temps pour me rendre ce service.»
Ce n’était plus un ordre, c’était une prière qui m’était adressée; aussi ma réponse ne se fit pas attendre.
«Dans une heure, commandant, je me mets en route, et avant quarante-huit heures vous aurez ici vos hommes.»
«Faites attention, me dit-il, que vous allez avoir affaire à de mauvais sujets. N’exposez pas votre vie, et s’ils font quelque résistance, traitez-les sans pitié; faites feu sur eux.»
Quelques instants après, accompagné de mon lieutenant et d’un soldat de ma garde, je traversai le lac, et me dirigeai vers les lieux où je supposais que s’étaient réfugiés les matelots déserteurs.
Tous trois nous étions bien armés, et en état de mettre à la raison quatre gaillards qui, pour toutes armes, avaient des bâtons.
Au premier village où je débarquai, je pris langue et j’obtins de leurs nouvelles.
J’avais un grand avantage sur la police espagnole, à qui les Indiens ne disent jamais la vérité quand il s’agit de poursuivre des coupables.
Lorsque je m’adressais à un Indien, me fût-il inconnu, mon nom seul suffisait pour lui imposer; de telle sorte qu’il m’obéissait aveuglément, et n’osait pas me cacher la vérité.
J’avais appris que les déserteurs s’étaient réfugiés dans le grand bourg de Pila; que le curé les avait pris sous sa protection; qu’il les cachait dans son presbytère, d’où ils ne sortaient que la nuit, dans la crainte d’être découverts avant le départ de l’Artémise.