M. Gautherin, commandant un navire de Bordeaux, et un ancien capitaine de hussards, son passager, qui voyageait pour son plaisir, étaient dans un hôtel tenu par un Allemand nommé Antelmann.

La foule des Indiens armés et leurs clameurs les avertirent du danger qu’ils couraient; ils voulurent fuir, mais toute retraite étant impossible, ils se réfugièrent dans une chambre à coucher, et fermèrent la porte.

L’officier se mit à la croisée, s’en retira aussitôt, et dit à Gautherin:

«Nous sommes perdus, rien au monde ne peut nous sauver. Mon Dieu, que faire?»

«Cachez-vous sous le lit, dit Gautherin.»

«Me cacher sous le lit, à quoi cela m’avancerait-il?»

«A prolonger de quelques minutes votre existence, et peut-être à gagner du temps jusqu’à ce qu’on vienne à notre secours. Je voudrais bien avoir la même facilité que vous pour me cacher; mais vous voyez mon embonpoint.»

Pendant ce court dialogue, les Indiens étaient arrivés à la porte et y frappaient à grands coups. Il n’y avait plus un moment à perdre; les deux amis s’embrassèrent, se firent leurs derniers adieux. L’officier se cacha sous le lit. Gautherin, resté seul, se blottit derrière un coffre, et se recouvrit la partie supérieure du corps avec une natte.

A peine était-il dans sa cachette que la porte fut enfoncée, et une foule d’Indiens se précipita dans la chambre.

Dès leur entrée, ils aperçurent le malheureux officier de hussards: ils le tirèrent par les pieds, divisèrent son corps par morceaux, déchirèrent ses membres et les jetèrent par les croisées à leurs amis, qui n’avaient pu, comme eux, souiller leurs mains du sang de notre compatriote.