Ce premier pansement, l’eau que Gautherin venait de boire avec tant d’avidité, lui produisirent un peu de soulagement; et les paroles de consolation que lui avait adressées le ministre de Dieu lui rendirent l’espérance et ranimèrent son courage.
Tous les événements que je viens de raconter s’étaient accomplis dans l’espace de huit heures. L’obscurité avait ramené le calme, les assassins s’étaient retirés dans leurs demeures.
La ville de guerre, qui pendant ces huit heures de massacre avait fermé ses portes et était restée étrangère à tous les crimes commis dans les faubourgs, les rouvrit dès que la nuit fut venue, pour donner passage à quelques personnes charitables qui voulaient secourir les malheureux étrangers échappés aux assassins.
Le colonel Manuel Oléa, accompagné de quelques soldats, parcourut tous les faubourgs, recueillit les blessés et ceux qui, par miracle, s’étaient soustraits au poignard des Indiens.
Il tira aussi Victor Godefroy de sa prison, et les conduisit tous à la citadelle, où non-seulement ils furent en sûreté, mais où ils trouvèrent aussi le commandant don Alexandro Pareño et toute sa famille, qui entourèrent nos malheureux compatriotes des soins et attentions que méritait leur position.
Le lendemain, les fanatiques indiens reprirent leur poignard et parcoururent de nouveau les faubourgs, espérant y trouver encore quelques victimes.
Le général Folgueras, si faible et si pusillanime, craignait une révolte générale, et n’osa pas encore prendre les mesures de rigueur, seules capables d’arrêter les crimes de ces forcenés.
L’archevêque, revêtu de ses habits sacerdotaux, le saint sacrement à la main, accompagné de tout son clergé, parcourut la grande rue d’el Rosario à Binondoc, priant et exhortant les Indiens à rentrer dans l’ordre, et à se repentir des crimes qu’ils avaient commis la veille sur d’innocentes victimes.
Mais, loin de tenir compte des exhortations du saint prélat, ne trouvant plus d’étrangers européens à égorger, ils tournèrent leur rage contre de pacifiques Chinois, et commirent sur eux de nouveaux massacres.
Alors les principales autorités de Manille se réunirent chez le gouverneur, et lui firent comprendre la nécessité d’arrêter par la force le désordre et les crimes qui se commettaient.