Quelle douce sensation nous ressentîmes de cette chaleur bienfaisante qui venait pénétrer dans tous nos membres, sécher nos vêtements ruisselant d’eau, ranimer notre courage et nous donner un peu de force!

Mais si pour savourer cette jouissance il fallait l’acheter ce qu’elle venait de me coûter, je doute que beaucoup d’Européens voulussent prendre leur part de la veille et du lendemain de cette nuit.

Notre mince cuisine fut bientôt préparée, encore plus vite expédiée, et nous songeâmes à déguerpir.

Mes Indiens étaient inquiets.

Ils craignaient de ne pouvoir passer le torrent que nous entendions à une grande distance; ils marchaient plus vite que moi, aussi arrivèrent-ils les premiers.

Lorsque je les eus rejoins, je les trouvai consternés.

«Oh! maître, me dit mon fidèle Alila, pas possible de passer; il faut nous établir ici pour quelques jours.»—Je jetai les yeux sur le torrent: il roulait entre des roches escarpées une eau jaune et boueuse; il avait tout l’aspect d’une cascade, et entraînait des troncs d’arbres et des branches brisées pendant l’orage.

Mes Indiens avaient déjà pris leur parti; ils se préparaient à choisir l’endroit où nous aurions pu bivouaquer convenablement.

Mais, pour moi, je ne voulus pas jeter si vite le manche après la cognée: je me mis à examiner avec soin si nous ne pouvions pas nous tirer d’embarras.

Le torrent n’avait guère dans toute sa largeur qu’une centaine de pas qu’un bon nageur pouvait franchir en quelques minutes.