Le sommeil est une chose si nécessaire à l’homme, que, malgré le froid et nos vêtements traversés par cette horrible pluie, nous pûmes le reste de la nuit dormir assez tranquillement.
Le lendemain au jour, cette forêt, où quelques heures auparavant avait lieu la scène effrayante que j’ai décrite, était calme et silencieuse.
Lorsque nous sortîmes de notre tanière, nous étions affreux à voir: sur tout le corps nous avions des sangsues, et sur la figure des traces de sang qui nous rendaient hideux.
En voyant mes deux pauvres Indiens, je ne pus m’empêcher de partir d’un éclat de rire: eux aussi me regardaient..., et le respect seul contenait leur hilarité; car je devais être tout aussi maltraité, et ma peau blanche devait conserver encore davantage les marques de ces maudites bêtes.
Nous étions harassés: à peine pouvions-nous faire un mouvement, tant nous étions faibles.
Cependant il fallait agir, et promptement; allumer à la hâte du feu pour nous réchauffer, faire cuire des tiges de palmier, traverser à la nage un torrent qui coulait avec un fracas épouvantable au-dessous de nous, et gagner dans la journée les bords de l’océan Pacifique.
Si nous tardions à nous mettre en route, il ne serait peut-être plus possible de traverser le torrent; nous en avions laissé plusieurs derrière nous; nous nous trouverions alors dans l’impossibilité d’aller en avant ou en arrière, et peut-être dans la nécessité de rester plusieurs jours à attendre l’écoulement des eaux pour continuer notre voyage.
De plus, il pouvait survenir d’autres orages, si fréquents dans cette saison; et nous aurions été plusieurs semaines dans un lieu désert, sans ressources, et que cette première nuit passée sous un si mauvais toit ne recommandait pas à notre reconnaissance.
Il n’y avait donc pas de temps à perdre; nous tirâmes d’un amas de feuilles de palmier nos havre-sacs, que nous avions pris le plus grand soin de préserver de l’humidité, et fort heureusement nos précautions n’avaient pas été inutiles: ils étaient parfaitement secs.
Nous fîmes un grand feu, grâce à la gomme élémie, qui s’enflamme facilement.