La nature entière paraissait en convulsion, et déclarer la guerre à tous les éléments.

Le faible toit sous lequel nous nous étions réfugiés avait été bien vite traversé; nous étions tout ruisselants d’eau.

Nous quittâmes ce triste abri, préférant donner un peu de mouvement à nos membres engourdis et presque perclus.

Nous étions couverts de ces redoutables petites sangsues, dont les morsures peu à peu nous faisaient perdre les forces qui nous étaient si nécessaires.

J’avoue que dans ce moment je donnais au diable une curiosité dont j’étais bien puni...

Je pouvais comparer cette affreuse nuit à celle passée dans les bambous, lorsque j’avais fait naufrage sur le lac.

En apparence, nous ne courions pas un danger aussi pressant, car nous ne pouvions pas être engloutis par les eaux; mais l’un des grands arbres sous lesquels nous étions obligés de rester pouvait être déraciné et tomber sur nous; une branche brisée par le vent eût suffi pour nous écraser, et la foudre, plus épouvantable par son bruit que par ses effets, pouvait à chaque instant nous frapper.

Une chose nous effrayait surtout: c’était le froid que nous ressentions, et la difficulté de remuer les membres, glacés et paralysés pour ainsi dire...

Nous attendions avec une grande impatience que l’orage cessât; mais ce ne fut qu’après plus de trois grandes heures d’une mortelle angoisse que peu à peu le bruit du tonnerre s’éloigna. Le vent cessa ensuite, puis la pluie; et pendant quelque temps nous n’entendîmes plus que les grosses gouttes d’eau qui tombaient des arbres, et enfin le bruit sourd des torrents.

Le calme rétabli, le ciel devint sans doute pur et étoilé; mais nous étions privés de cette vue qui rend l’espérance au voyageur, puisque toute la forêt présentait comme un dôme de verdure impénétrable à l’œil.