Nous n’avions pas encore terminé ces divers préparatifs, que l’orage grondait au-dessus de nous.

Sans la clarté blafarde de nos tisons, nous eussions été déjà dans l’obscurité la plus profonde, et cependant la nuit n’était pas encore arrivée!

Tous trois, avec un morceau de tige de palmier à la main, nous nous blottîmes sous l’espèce d’abri que nous avions improvisé, et attendîmes que l’orage éclatât.

Les coups de tonnerre redoublèrent, la pluie commença à battre les arbres avec force, puis à nous assaillir, semblable à un torrent.

Nos feux furent bientôt éteints; nous nous trouvâmes alors dans d’épaisses ténèbres, interrompues seulement par la foudre, qui de temps à autre, serpentant au milieu des arbres de la forêt, répandait une clarté éblouissante, pour laisser après elle une plus grande obscurité.

Il se faisait autour de nous un fracas épouvantable: le tonnerre grondait sans interruption, les échos des montagnes répétaient de loin en loin son bruit, quelquefois sourd et d’autres fois éclatant.

Le vent qui soufflait avec force balançait la cime des arbres, d’énormes branches s’en détachaient, et tombaient avec fracas sur le sol; des troncs entiers déracinés se renversaient en brisant dans leur chute les branches des arbres voisins.

La pluie ne cessait pas de tomber...

Un torrent qui passait au pied du mamelon où nous nous étions réfugiés faisait entendre, dans les intervalles des coups de tonnerre, le sourd mugissement des eaux qui roulaient vers le bas de la montagne.

A tout ce fracas venaient se joindre des cris tristes et lugubres, semblables aux hurlements d’un gros chien qui a perdu son maître; c’étaient les plaintes des cerfs épouvantés, et cherchant çà et là un abri.