Nous étions réduits alors au palmier pour toute pitance.
Or, le palmier est agréable au goût, mais pas assez nourrissant pour réparer les forces de pauvres voyageurs aux prises avec l’extrême fatigue, et qui, après une marche pénible, ne trouvent pour gîte que le sol humide, et pour tout abri que la voûte céleste.
Nous nous dirigions autant que possible vers la côte baignée par l’océan Pacifique.
Nous savions que c’était vers cette partie que les Ajetas commencent à habiter.
Nous voulions aussi traverser un grand village tagaloc, Binangonan-de-Lampon, qui se trouve isolé et perdu au pied des montagnes de l’est, au milieu des sauvages.
Nous avions déjà passé plusieurs nuits dans la forêt sans y éprouver de grandes incommodités.
Les feux que nous allumions tous les soirs nous réchauffaient, et nous préservaient des myriades de ces terribles sangsues qui, autrement, nous eussent dévorés.
Nous pensions n’avoir plus qu’un jour de marche pour arriver sur le bord de la mer, où nous espérions prendre un peu de repos, lorsque tout à coup le bruit lointain du tonnerre nous fit craindre un orage.
Nous continuâmes cependant notre route; mais, peu après, le bruit se rapprochait de manière à ne plus nous laisser de doute sur l’ouragan qui allait fondre sur nous.
Il fallait nous arrêter, allumer nos feux avant la nuit, faire cuire notre repas du soir et placer quelques feuilles de palmier sur des perches inclinées, pour nous préserver au moins de la grosse pluie.