On y remarque aussi des variétés de pandanus, dont les feuilles en faisceau partent du sol pour prendre la forme d’une belle gerbe; on y voit d’énormes fougères, véritables arbres par leur taille, et sur lesquelles nous montions souvent pour en couper le sommet, d’une saveur agréable, et qui sert d’aliment à peu près comme le palmier.

Mais, au milieu de cette végétation extraordinaire, la nature est triste et silencieuse; aucun bruit ne se fait entendre, si ce n’est parfois le vent qui souffle au sommet des arbres, ou, de temps à autre, le murmure lointain d’un torrent qui se précipite en cascade du haut des montagnes vers leur base.

Le sol humide ne reçoit jamais les rayons du soleil; de petits lacs, et des rivières qui ne coulent que lorsqu’elles sont grossies par les orages, présentent à l’œil une eau noire et stagnante, sur laquelle jamais on ne voit le reflet d’un beau ciel bleu.

Les seuls habitants de ces sites lugubres, mais grandioses, sont les cerfs, les buffles et les sangliers, qui, cachés le jour dans leur tanière, ne sortent que la nuit pour chercher leur pâture.

Il est rare d’y apercevoir un oiseau; et les singes, si communs aux Philippines, fuient la solitude de ces immenses forêts.

Une seule espèce d’insectes, véritable désolation des voyageurs, s’y trouve en abondance: ce sont de petites sangsues qui habitent sur toutes les hautes montagnes des Philippines recouvertes de forêts.

Elles se blottissent dans l’herbe, sur les feuilles des arbres, et s’élancent comme des sauterelles sur la proie à laquelle elles veulent s’attacher.

Aussi les voyageurs sont-ils toujours munis de petits couteaux en bambou pour leur faire lâcher prise; après quoi ils frottent la petite blessure avec du tabac mâché.

Mais bientôt une autre sangsue, attirée par le sang qui coule, vient remplacer celle dont on s’est débarrassé; et il faut une attention continuelle pour ne pas être la victime de ces petits vampires, d’une voracité bien plus grande que celle de nos sangsues ordinaires.

C’était au milieu de cette singulière nature que nous cheminions: moi, tout occupé de l’examiner sous tous ses aspects, et mes Indiens, cherchant à découvrir une proie quelconque, cerf, buffle ou sanglier, pour remplacer nos provisions de riz et de viande boucanée, dont nous avions vu la fin.