Évidemment, je ne voyageais pas comme un nabab; plus de bagages eût été impossible: comment eût-on pu, avec de grandes provisions et un pompeux fourniment, circuler au milieu de montagnes couvertes de forêts littéralement vierges de toutes traces humaines, et obligé, pour les parcourir, de traverser à chaque instant des torrents à la nage, et n’ayant toujours pour guide que le soleil ou le souffle du vent?

Il n’y avait donc pas à choisir: voyager ainsi que je le faisais, comme un Indien, ou rester chez soi.

La première nuit que nous passâmes à la belle étoile s’écoula paisiblement; le sommeil vint réparer nos forces, et nous mettre en état de continuer.

Le lendemain, nous fûmes de bonne heure sur pied, et après un déjeuner frugal nous reprîmes notre marche.

Pendant plus de deux heures, nous gravîmes une montagne couverte de grands bois; la pente était rude et fatigante; enfin, tout essoufflés, nous arrivâmes au sommet, sur un vaste plateau que nous devions mettre plusieurs jours à traverser.

C’est là, sur ce plateau, que j’ai vu la plus majestueuse, la plus belle forêt vierge qui existe au monde.

Elle est toute plantée d’arbres gigantesques, s’élevant droits comme des joncs à des hauteurs prodigieuses.

A leur sommet seulement naissent des branches qui, s’entrelaçant les unes aux autres, forment une voûte impénétrable aux rayons du soleil.

Sous cette voûte et entre ces beaux arbres, la nature féconde donne naissance à une foule de plantes grimpantes très-remarquables.

Le rotin, par exemple, et la liane flexible s’élèvent jusqu’à leurs plus hautes branches, redescendent jusqu’au sol, y reprennent racine pour y puiser un nouvel aliment; puis remontent de nouveau, et de distance en distance se lient au tronc hospitalier de ses colonnes, avec lesquelles ils figurent parfois les plus beaux décors.