Nous nous divisions toujours le travail: l’un préparait le coucher, l’autre le feu, et le troisième la cuisine.
Celui qui s’occupait du feu réunissait une grande quantité de bois mort et de broussailles. Au-dessous de ce bûcher, il mettait une douzaine de livres de gomme élémie, très-commune aux Philippines, et que l’on trouve amoncelée sur le sol, au pied des grands arbres dont elle découle naturellement.
Ensuite il prenait un morceau de bambou long d’un demi-mètre, le fendait dans sa longueur, grattait avec son poignard l’un de ces morceaux pour faire de petits copeaux bien menus; puis il les frottait en les roulant entre ses deux mains, et les plaçait ensuite dans la partie concave de l’autre morceau, l’appliquait sur le sol, et, avec la partie d’où il avait retiré des copeaux, de son côté tranchant il frottait vivement celui qui était sur le sol, comme s’il eût voulu le scier en deux.
En moins d’une minute, le bambou qui contenait les copeaux était traversé, et le feu s’en emparait; la flamme qu’on obtenait en soufflant légèrement sur ces copeaux allumait la gomme élémie, et dans un instant nous avions assez de feu pour rôtir un bœuf.
Celui qui s’occupait de la cuisine coupait deux ou trois morceaux de gros bambou, mettait dans chacun ce qu’il voulait faire cuire, ordinairement du riz ou du palmier; il y ajoutait l’eau nécessaire, bouchait l’extrémité avec des feuilles, et le plaçait au milieu du feu.
Ce bambou se charbonnait à l’extérieur; mais l’intérieur était protégé par l’humidité de l’eau qu’il contenait, et les aliments s’y cuisaient aussi bien que dans des vases en terre.
Ensuite, de grandes feuilles de palmier nous servaient d’assiettes.
Nos repas, comme on voit, étaient assez Spartiates, même pendant nos jours de provisions de riz et de viande boucanée; car lorsqu’elles étaient épuisées il fallait nous contenter de palmier.
Mais lorsque la chasse fournissait, qu’un cerf ou qu’un buffle tombait sous nos coups, pendant quelques jours notre nourriture était celle de vrais épicuriens.
Nous buvions de l’eau lorsqu’une source ou un ruisseau nous y invitait; mais si nous en étions privés, nous coupions de longs morceaux de lianes dites du voyageur, d’où découlait une eau claire et limpide, préférable peut-être à celle que nous aurions pu nous procurer à la meilleure source.