«Sauvez-vous! criai-je en français au capitaine: un canot vous attend.»

La stupéfaction des Indiens avait été telle, qu’il put s’échapper sans qu’on songeât à le poursuivre.

Il fallait maintenant me tirer du mauvais pas où je m’étais engagé. Quatre cents Indiens m’entouraient: il fallait payer d’audace.

Je dis en tagaloc à celui qui avait voulu frapper le capitaine, qu’il était un lâche. L’Indien bondit jusqu’à moi; il lève son arme: je lui applique sur la tête un coup d’une petite canne que je tenais à la main; il demeure un instant étonné, et se retourne vers ses compagnons pour les exciter.

De tous côtés les poignards sont tirés; la foule forme autour de moi un cercle qui va toujours en se rétrécissant.

Étrange fascination du blanc sur l’homme de couleur! De ces quatre cents Indiens pas un n’ose m’attaquer le premier; ils veulent me frapper tous ensemble.

Tout à coup, un soldat indien armé d’un fusil fend la foule; il donne un coup de crosse à mon adversaire, lui arrache son poignard, et, prenant son fusil par la baïonnette, il le fait tourner au-dessus de sa tête, et exécute un moulinet qui agrandit le cercle d’abord, et disperse ensuite une partie de mes ennemis.

«Fuyez, Monsieur! me dit mon libérateur; maintenant que je suis là, personne ne touchera un de vos cheveux.» En effet, la foule se sépare et me laisse le passage libre; j’étais sauvé sans savoir par qui et pourquoi!... lorsque le soldat me cria de loin:

«Vous avez soigné ma femme qui était malade, et vous ne m’avez pas demandé d’argent; j’acquitte ma dette.»

Le capitaine Drouant devait être parti dans le canot; il ne m’était plus possible de me rendre à bord du Cultivateur.