Je me dirigeai vers ma demeure, longeant les murailles et profitant de l’obscurité, lorsqu’au détour d’une rue je tombai au milieu d’une bande d’ouvriers de l’arsenal, tous armés de haches, et se disposant à aller attaquer les navires français qui étaient en rade.

Là encore je dus mon salut à une connaissance à qui j’avais rendu quelques services dans la pratique de mon art; un métis m’avait poussé dans l’encoignure d’une maison, et m’avait dit, me couvrant de son corps:

«Ne bougez pas, docteur Pablo[4]

Quand la foule fut écoulée, mon protecteur m’engagea à me cacher, et surtout à ne point me rendre à bord; puis il reprit sa course pour rejoindre ses camarades.

Mais tout n’était pas fini; à peine étais-je chez moi, que j’entendis frapper à ma porte.

«—Docteur Pablo,» dit une voix qui ne m’était pas inconnue.

J’ouvris, et j’aperçus, pâle comme un mort, un Chinois qui tenait, au rez-de-chaussée, un magasin de thés.

«—Qu’y a-t-il, Yang-Pô?»

«—Sauvez-vous, docteur!»

«—Et pourquoi me sauver?»