«—Parce que les Indiens vous attaqueront cette nuit; ils l’ont résolu.»

«—Tu crains pour ta boutique, Yang-Pô?»

«—Oh! non; ne plaisantez point. Si vous restez, c’est fait de vous; vous venez de frapper un Indien, et ses amis ne parlent que de vengeance.»

Les appréhensions de Yang-Pô, je le vis bien, n’étaient que trop fondées; mais que faire?... Fermer ma porte et attendre était encore le plus sûr.

«—Merci, dis-je au Chinois, merci de vos bons avis; mais je reste.»

«—Rester ici, seigneur docteur! y pensez-vous?»

«—Maintenant, Yang-Pô, un service: allez dire à ces Indiens que j’ai là, à leur intention, deux pistolets et un fusil double dont je sais faire usage.»

Le Chinois sortit en poussant un profond soupir de négociant tourmenté par l’idée que l’attaque contre le docteur pourrait bien se terminer par le pillage de sa marchandise. Je barricadai ma porte à l’aide de quelques gros meubles, je chargeai mes armes et j’éteignis ma lumière.

Il était huit heures du soir. Le moindre bruit me faisait croire que le moment était venu où la Providence seule pourrait me sauver: ma fatigue était si grande que, malgré l’émotion bien naturelle en pareille circonstance, j’avais souvent besoin de lutter contre l’envie de céder au sommeil.

Vers onze heures, quelqu’un heurta à ma porte. Je m’emparai de mes pistolets et prêtai l’oreille: à un second coup, je m’approchai sur la pointe du pied.