Mort de mon fils.—Départ de Jala-Jala et des Philippines.—Retour en France.

A peine fus-je rétabli, que mon cher fils, mon seul bonheur, le dernier être bien-aimé qui me restât sur cette terre féconde et dévorante tout à la fois, mon pauvre Henri tomba subitement malade; son mal fit des progrès rapides.

Mes amis pressentirent aussitôt qu’un malheur suprême me menaçait. Moi seul je ne connaissais pas l’état dans lequel se trouvait mon enfant. Je l’aimais d’une si grande passion, que je croyais impossible que la Providence voulût me séparer de lui.

Mon médecin, ou plutôt mon ami Genu, me conseilla de le conduire à Jala-Jala, où l’air natal et la campagne, me disait-il, favoriseraient sans doute sa guérison.

Je goûtai ce conseil; tant de personnes avaient recouvré la santé à Jala-Jala, que je devais espérer le même succès pour mon fils.

Je partis donc avec lui et sa gouvernante; le voyage fut bien triste, car je voyais mon pauvre enfant souffrir sans pouvoir le soulager.

A notre arrivée, Vidie vint me recevoir, et un instant après j’occupais, avec mon Henri, la même chambre qui me rappelait déjà deux pertes bien douloureuses, la mort de ma petite fille et celle de ma chère Anna; de plus, c’était dans cette même chambre que mon Henri était né, rapprochement cruel des moments les plus heureux de mon existence avec celui où j’allais pleurer mon fils si tendrement aimé.

Néanmoins, ne désespérant pas encore des ressources de mon art et de mon expérience, je m’assis au chevet de mon fils et ne le quittai plus. Je dormais près de lui, et passais toutes mes journées à lui donner des soins qui n’apportaient, hélas! aucun soulagement à ses souffrances. Je perdis tout espoir, et, le neuvième jour après notre arrivée, ce cher enfant expira dans mes bras.

Il est impossible de rendre compte de ce que je ressentis à cette dernière épreuve. J’avais le cœur brisé, la tête en feu. Je devenais fou, et jamais désespoir plus grand ne s’était emparé de moi. Je n’écoutais plus que ma douleur, et il fallut employer la force pour arracher de mes bras les restes mortels de mon enfant.

Le lendemain il fut déposé près de sa mère, et une tombe de plus s’éleva dans l’église de Jala-Jala.