Il y a peu de variétés dans les quadrupèdes. La nature, qui a prodigué tous ses bienfaits aux Philippines, n’y a point fait naître d’animaux féroces, et dans le genre carnassier on ne compte qu’une petite espèce, peu nuisible, comme on le verra.

Les chevaux, les bœufs et les moutons, comme je l’ai déjà fait savoir, ont été apportés par les conquérants. Dans ce beau pays, dans ces gras pâturages, où ils vivent presque en liberté, ils ont prospéré d’une manière si extraordinaire, qu’un bœuf gras rendu à Manille ne se vend pas plus de 60 à 70 francs; un beau cheval, depuis 50 jusqu’à 100 francs. Les moutons n’ont pas de valeur; les Indiens ne se donnent pas la peine d’en conduire au marché.

Le porc paraît de la même race que celui de Chine. Il est très-abondant; sa chair est l’aliment préféré des Indiens, qui ne manquent jamais d’en pourvoir abondamment leur table dans les grands festins.

Le chien et le chat sont des animaux qui se trouvaient aux Philippines lors de la conquête. Une espèce de chien paraît particulière à Luçon: c’est un dogue d’une taille monstrueuse et d’une férocité remarquable; il a le poil court, d’une couleur jaunâtre, un peu plus foncé que celui du lion. Cette belle race tend à disparaître; lors de mon séjour aux Philippines, il était fort difficile de s’en procurer.

1. Le buffle sauvage (carabajo-bondoc).

Le buffle sauvage est de la taille de nos plus grands bœufs. Sa couleur est noire, et sa peau, semblable à celle de l’éléphant, peu couverte de poil. Il est armé de deux magnifiques cornes qui, à leur base, se réunissent presque sur le front, et dont les extrémités sont très-aiguës. Il s’en sert avec une remarquable adresse. Il ressemble beaucoup au buffle domestique pour les formes. Cependant il est à observer que jamais il n’a été possible de le réduire à l’état de domesticité, pas même à l’âge le plus jeune; ce qui ferait supposer que cette espèce est différente de celle du buffle domestique, qui sans doute est originaire de la Chine ou des îles de la Sonde.

Cet animal est aussi féroce que sauvage. Le jour, il habite l’intérieur des forêts les plus sombres, particulièrement les lieux marécageux; la nuit, il sort dans la plaine pour y chercher sa pâture. Son instinct le conduit à faire une guerre acharnée à l’homme, son seul ennemi. Lorsqu’il peut le surprendre, il se plaît à mettre son corps en lambeaux avec ses cornes aiguës. Aussi, dès qu’un Indien aperçoit un buffle, il se hâte de grimper sur un arbre, où cependant il n’est pas encore à l’abri du danger. L’animal demeure souvent des journées entières au pied de l’arbre pour y attendre sa proie à la descente. Dans ce cas de persistance, le seul moyen de s’en débarrasser est de lui jeter les vêtements que l’on a sur soi. Il les met en morceaux, et lorsqu’il croit avoir fait beaucoup de mal à celui qu’il attendait, il se retire dans la forêt la plus voisine.

Sa chasse, comme on l’a vu, est remplie de dangers, pleine d’émotions. Aussi est-ce celle que préfèrent les grands chasseurs indiens; elle est pour eux une véritable fête.

Sa chair, composée de fibres beaucoup plus fortes que celle des bœufs, est très-bonne à manger. Sa peau, d’une ténacité et d’une force incroyables, coupée en petites lanières, sert à faire des lacets et des courroies qui résistent à un attelage de trente à quarante buffles. De ses longues cornes, les Indiens font de jolies cannes, des boîtes, des peignes et des tabatières.

2. Le buffle domestique (carabajo).