Le buffle domestique est presque entièrement noir; seulement il a les genoux blancs, et une raie de la même couleur sous le poitrail.
On en voit cependant quelquefois qui sont entièrement blancs, dont la peau est rose et les yeux rouges: ce n’est point une variété, mais bien un accident de la nature.
De tous les animaux domestiques, c’est celui qui rend le plus de services à l’homme. Il est plus doux, plus fort, et a plus d’instinct que le bœuf.
Jusqu’à l’âge de quatre à cinq ans, il vit en liberté dans les montagnes et les forêts. C’est à cet âge que les Indiens le prennent pour le dompter. Il est alors comme un animal sauvage, qu’il faut poursuivre avec de bons chevaux et de forts lacets. On ne se rend maître de lui qu’après l’avoir assujetti, au moyen de fortes cordes, au tronc d’un arbre, et lié de tous côtés. Il faut encore prendre des précautions pour l’approcher. Il n’est entièrement vaincu que lorsqu’on lui a percé la cloison qui sépare les deux naseaux, et qu’on y a passé un anneau en fer ou en rotin. A cet anneau on attache la longe pour le conduire, comme la bride sert à diriger le cheval.
Après cette dernière opération, il devient tout à fait inoffensif. Il a reconnu son impuissance, et il se laisse facilement conduire. Cependant, s’il est méchant ou rétif, on lui donne pour gardien un enfant: son instinct lui fait comprendre qu’il n’a pas de mauvais traitement à craindre de la part d’une faible créature; aussi jamais ne lui fait-il aucun mal.
Sa nourriture est des plus faciles. Il mange toute espèce d’herbes, celles délaissées par les animaux les moins dégoûtés. Il va chercher sa pâture dans les plaines, dans les ravins, dans les sombres forêts, sur les montagnes les plus escarpées, et au fond des eaux, où il broute pendant les heures de chaleur avec la même facilité que dans les lieux secs.
C’est le seul animal que les caïmans n’osent pas attaquer. Lorsque plusieurs femelles, pendant la chaleur, sont plongées avec leurs petits dans le lac où se trouvent des caïmans, elles ont soin de former un cercle au milieu duquel elles les placent, pour les préserver de la surprise du caïman. Celui-ci n’ose pas attaquer les grands, mais il pourrait fort bien enlever un des petits.
L’Indien associe le buffle à tous ses travaux. C’est avec lui qu’il laboure ses champs, son jardin, les terrains secs et ceux couverts d’eau jusqu’à mi-jambe, destinés aux plantations de riz. C’est aussi avec lui qu’il fait ses charrois, ses transports à dos dans les montagnes, par des routes presque impraticables. Il lui sert également de monture, comme le cheval, pour faire de longs trajets. Sa force permet au buffle de porter à la fois trois ou quatre hommes.
L’Indien se sert aussi de cet utile animal pour traverser de larges et profondes rivières et des étendues d’eaux considérables. La bride à la main pour le diriger et l’empêcher de plonger, il se place debout sur son large dos, et le patient animal nage en suivant la direction que son maître lui indique; souvent il traîne en même temps sa charrette, qui flotte derrière lui.
De tous les herbivores, c’est assurément le plus patient, celui dont l’instinct est le plus développé. Il sait quand il commet un dommage quelconque. Lorsqu’il est dans un champ cultivé, s’il y est surpris, il se cache; et s’il s’aperçoit qu’il a été découvert, il se sauve comme un voleur pris en flagrant délit.