Plusieurs espèces de gallinacés méritent l’attention du naturaliste. L’une est le labouyo des Indiens, le bankiva des naturalistes, ou le coq sauvage, le coq primitif qui a fourni son espèce à toutes nos basses-cours.
Dans les champs, en liberté, loin de l’esclavage, le bankiva a conservé son beau plumage noir bronzé et rouge doré, et sa femelle celui de noir, mêlé d’un peu de gris et de jaune.
Dans l’état de nature, il est étranger aux vices contractés dans la civilisation par les esclaves de son espèce; il a conservé intactes les lois qu’il a reçues de la nature; ainsi il ne remplit jamais le rôle de nos sultans de basses-cours, auxquels il faut tout un harem de jeunes poules. Pendant la saison des amours, il choisit une seule compagne, qu’il aide assidûment dans tous ses soins maternels.
Le coq sauvage a plus de fierté et de bravoure que le coq domestique. Les Indiens profitent de son courage pour le faire succomber dans un combat inégal, et se régaler ensuite de sa chair délicate.
Le matin, lorsque la sentinelle vigilante des hôtes des bosquets annonce l’aube du jour, l’Indien aux aguets lui envoie un de ses semblables qu’il a apprivoisé et armé de deux éperons en acier tranchant. Dès que les deux champions se rencontrent, il s’engage entre eux un combat acharné. L’habitant des bois, avec ses armes naturelles, ne fait que de légères blessures à son ennemi, tandis que celui-ci, fort de celles que lui a données son maître, le blesse mortellement, fait couler son sang jusqu’à ce que, trahi par ses forces et son intrépidité, le loyal habitant des bois succombe aux pieds de son déloyal vainqueur.
La seconde espèce du même genre présente, dans sa reproduction, des particularités qui font admirer l’art et l’intelligence que le Créateur a donnés à tous les êtres qui peuplent notre globe.
Le mangapodius rubripes des naturalistes, nommé par les Indiens tabon[7], est de la grosseur d’une poule ordinaire. Le mâle et la femelle sont de la même couleur, noir fauve. Ils se servent peu de leurs ailes pour voler, ont des pattes plus fortes et plus longues que la poule, des ongles très-forts dont ils se servent pour gratter la terre.
Ces oiseaux vivent ordinairement en troupe dans les grands bois. A la saison de la ponte, ils se séparent par couples. Le mâle et sa femelle cherchent aux environs des lacs ou des rivières de grands amas de sable. La femelle s’y introduit à une profondeur de huit à dix pieds; elle y dépose un œuf et le recouvre soigneusement. Le lendemain, elle revient à la même place, fait la même opération, et dépose un second œuf à côté du premier. Elle continue ainsi tous les jours, jusqu’à ce que sa ponte, qui se compose de huit à dix œufs, soit terminée.
Ces œufs, entièrement blancs ou de couleur rosée, sont d’une grosseur plus que double de celle des œufs de nos poules.
L’œuvre de l’incubation est abandonnée à la chaleur du sable. Pendant tout le temps qu’elle s’opère, le mâle et la femelle se tiennent éloignés de leur précieux dépôt, de crainte que leur présence ne le fasse découvrir à leurs ennemis.