Cette grande fertilité est due à plusieurs causes, dont le concours réuni contribue puissamment à la fécondité et au développement de la végétation.
La première de ces causes, et sans doute la plus puissante, doit être attribuée à la formation volcanique de toutes les îles de ce vaste archipel.
La seconde est due aux hautes montagnes généralement recouvertes d’une forte couche de terre végétale, d’où s’élève une gigantesque végétation qui restitue continuellement au sol les parties nutritives qu’elle lui emprunte. A l’époque de l’hivernage, les pluies torrentielles enlèvent du versant de ces montagnes les terres limoneuses et les détritus des végétaux qui s’y sont amassés pendant la saison des sécheresses, et les précipite vers les plaines, engrais naturel qui les vient fertiliser.
La troisième est due à ce que, pendant la même saison des pluies, les sources, les réservoirs se remplissent et sont abondamment pourvus pour fournir, pendant la saison des sécheresses, l’eau nécessaire aux irrigations, et pour entretenir le sol inférieur dans un état d’humidité constante.
La quatrième cause doit être attribuée à ces longues nuits des tropiques, rafraîchies par la brise qui souffle constamment de la partie où règne l’hivernage. Ces brises apportent d’abondantes rosées qui conservent cette fraîcheur et cette souplesse aux feuilles, si nécessaire pour absorber l’air et faciliter la végétation.
La cinquième cause enfin, l’électricité, n’est-elle pas aussi un puissant moyen qu’emploie la nature pour la splendeur du règne végétal? De nombreuses observations m’amènent à constater ici un fait qui semble venir à l’appui de cette opinion.
A une époque de l’année, au moment du changement de mousson, pendant un mois ou plus, il se forme journellement des orages; le tonnerre gronde sourdement; l’air se charge d’électricité; de gros nuages parcourent l’atmosphère, et sont bientôt dissipés sans pluie; le soleil brille de tout son éclat, ses rayons brûlants dardent sur une terre qui, privée d’eau pendant six mois, paraît calcinée. Cependant c’est alors que les grands végétaux semblent prendre une vie nouvelle, et se couvrent de bourgeons qui se développent presque instantanément, et donnent de belles et larges feuilles qui ont toute la fraîcheur de celles qui naissent pendant la saison humide.
On doit comprendre qu’avec tous ces éléments de fécondité, le sol des Philippines est largement privilégié de la nature, et qu’une culture qui ne serait pas dans l’enfance donnerait à l’agronome des résultats presque incalculables.
Je vais donner maintenant quelques détails sur la propriété, sur la culture en général, et décrire ensuite celle de chacun des produits qui font la richesse des cultivateurs.
Les Espagnols sont les maîtres suzerains de tout le territoire des Philippines; mais les lois qu’ils ont établies sur la propriété protégent autant qu’il est possible le cultivateur laborieux, et lui assurent à perpétuité la possession du champ qu’il a défriché. Il peut le vendre ou le transmettre à ses héritiers; seulement il perd ses droits, et le gouvernement reprend les siens, lorsque, par paresse ou négligence, il a laissé, pendant plusieurs années, ses terres sans aucune espèce de culture. Dans ce cas encore, les autorités espagnoles n’agissent jamais qu’avec la plus indulgente réserve.