Le bon Indien tint la parole donnée; je fus entouré par lui et sa famille de petits soins et d’attentions inconnus à l’hospitalité européenne.
La chasse était mon plus grand amusement, surtout celle du cerf, qui exige un violent exercice.
J’ignorais encore celle du buffle sauvage, dont j’aurai occasion de parler plus tard, et j’avais souvent demandé à mon hôte de m’y conduire; mais il s’y refusait toujours, alléguant qu’elle était trop dangereuse.
Les jours s’écoulaient comme des heures dans ces agréables occupations.
Depuis trois semaines je vivais au milieu de la famille indienne, sans aucune nouvelle de Manille, quand un exprès m’apporta une lettre du second du navire, qui en avait pris le commandement après l’assassinat du malheureux Dibard.
Il m’annonçait que le Cultivateur allait faire voile pour la France, et que je devais me hâter si je voulais quitter un pays qui nous avait été à tous si fatal. La lettre avait déjà quelques jours de date.
Malgré la peine que j’éprouvais à me séparer de mon Indien et de sa famille, qui avait si bien su charmer les jours de l’hospitalité, je me résignai à partir. Je fis cadeau de mon fusil au maître de la maison. Je n’avais rien à donner aux jeunes filles, car leur offrir de l’argent eût été une insulte.
[1] Le traitement généralement employé par les médecins de Manille pour le choléra, et le seul qui ait donné des résultats satisfaisants, consistait à administrer, au début de la maladie, une potion composée d’une forte dose de laudanum de Sydenham, mêlée à une liqueur alcoolique; à frictionner le corps avec une pommade dans laquelle entrait une forte dose d’extrait gommeux d’opium, à appliquer de forts synapismes aux extrémités et à l’épigastre, et à continuer les frictions avec une brosse ou une étoffe de laine jusqu’à ce que la chaleur fût rétablie.
[2] Le bloc, destiné à attacher les prisonniers, se compose de deux pièces de bois longues de huit à dix pieds, réunies au moyen d’une charnière, et dans lesquelles se trouvent des demi-ouvertures pour les bras, les jambes, le cou et le corps. Les deux pièces de bois se joignent et se ferment par un cadenas.