Le lendemain matin, je m’aperçus que j’avais fait du chemin bien inutilement. Cavite était loin derrière moi. Le vent s’étant un peu calmé, nous reprîmes les rames, et à deux heures après midi nous étions enfin de retour.
Cependant le calme était rétabli à Cavite et à Manille.
L’autorité espagnole avait pris des mesures pour que les scènes déplorables dont nous avions été les témoins ne se renouvelassent plus; le curé du faubourg de Cavite avait même pris la peine de lancer une excommunication en pleine chaire contre ceux qui auraient attenté à ma vie. J’attribuai le motif de cette sollicitude exceptionnelle à la profession que j’exerçais; j’étais en effet le seul Esculape de l’endroit, et, depuis mon départ, les malades se voyaient obligés d’avoir recours à la science très-conjecturale des sorciers indiens.
Jeunes indiennes de Marigondon.
Un matin, j’étais à peu près décidé à retourner à terre, lorsque le Cultivateur fut abordé par une jolie pirogue montée par un Indien que j’avais vu quelquefois dans mes excursions. Il venait me proposer de m’emmener à son habitation située à dix lieues de Cavite, auprès des montagnes de Marigondon.
La perspective de quelques bonnes parties de chasse m’eut bientôt décidé.
J’emportai avec moi mes trente-deux piastres, un fusil, enfin toute ma fortune, et je me livrai à cet ami improvisé que je connaissais à peine.
Sa petite maison, ombragée par de belles pamplemousses et des ylangs-ylangs, grands arbres dont la fleur répand au loin un parfum, était abritée dans un lieu ravissant. Deux jeunes filles, aimables enfants, contribuaient encore à embellir ce paradis terrestre.