Près de la maison de celui qui a réclamé les soins d’un couveur, dans un lieu choisi, bien abrité du vent et exposé toute la journée au soleil, le couveur fait construire une petite cabane en paille, de la forme d’une ruche; il n’y laisse qu’une petite ouverture, celle absolument nécessaire pour s’introduire dans la ruche.

On lui confie mille œufs, maximum qu’il puisse faire éclore en une seule couvée, de mauvais chiffons et de la balle de riz séchée au four. Il sépare ses œufs de dix en dix, les renferme par dix dans un chiffon avec une certaine quantité de balles. Après cette première opération, il place une forte couche de balle au fond d’une caisse en bois de cinq à six pieds de longueur sur trois de largeur, ensuite une couche d’œufs; et il continue en alternant, jusqu’à ce qu’il ait logé les cent petits paquets. Il termine par une épaisse couche de balle et une couverture.

Cette caisse doit lui servir de lit et la cabane de prison, pendant tout le temps nécessaire à l’incubation.

On introduit tous les jours par l’ouverture, que l’on referme ensuite avec soin, les aliments qui lui sont nécessaires.

Chaque trois ou quatre jours, il change ses œufs de place; il met en dessus ceux qui étaient en dessous.

Le dix-huitième ou le dix-neuvième jour, lorsqu’il croit que l’incubation est à son dernier période, il pratique une petite ouverture à sa cabane pour y laisser pénétrer un rayon de lumière; il y présente quelques œufs, les examine, et juge, au plus ou moins de transparence, et à des signes que ceux qui exercent cette industrie connaissent seuls, si l’incubation est complète.

Lorsqu’il en est ainsi, son travail est presque terminé; il n’a plus de précautions à prendre. Il sort de la cabane, il retire ses œufs de la caisse, et il les casse un par un. Les petits canards, aussi forts que s’ils étaient éclos sous leur mère, accourent immédiatement à la rivière.

Le lendemain, l’Indien sépare soigneusement les mâles des femelles. Ces dernières seulement sont conservées; les mâles sont rejetés.

Les huit premiers jours, on nourrit les jeunes canes avec de petits papillons de nuit, qui voltigent le soir en si grande quantité, en suivant le cours de la rivière, qu’il est facile de s’en procurer autant qu’il est nécessaire. On leur donne ensuite des coquillages, et, aussitôt qu’elles commencent à pondre, elles ne s’arrêtent plus pendant trois ans.

On comprendra facilement que dans un climat brûlant comme celui des Philippines, dans une cabane soigneusement fermée, exposée à un soleil ardent, avec la présence continuelle d’un homme, il se produise et se conserve une chaleur tout à fait convenable pour l’incubation des œufs. Aussi, ce qui est étrange dans cette méthode n’est pas le résultat de l’incubation, mais que les Indiens aient pu apprécier et trouver les moyens que la nature mettait à leur portée.