Enfin, il jouit de toutes les aisances de la vie, d’une liberté entière. Pourquoi travaillerait-il en vue d’acquérir d’inutiles richesses, qui assurément, sous un ciel privilégié, ne donnent pas le bonheur?

Le commerce maritime de Manille peut se diviser en trois classes: le petit cabotage, le grand cabotage, le long cours.

Le petit cabotage est exclusivement fait par de petits navires et des embarcations du pays, qui transportent sur tous les points de l’archipel les marchandises apportées à Manille par les navires au long cours, et y rapportent les produits agricoles et industriels des provinces.

Le grand cabotage se fait généralement aussi par des navires du pays. Ces navires, appartenant aujourd’hui à une compagnie, font le commerce avec l’archipel de Jolo, les Moluques, Ternate, Manado, Amboyne, Banda, les îles Pelew, Tongatabou, Batavia, Singapoor, la Chine, et la Nouvelle-Hollande.

Le commerce des îles de Jolo, dont les habitants sont connus par leur mauvaise foi, est généralement fait par les Chinois ou par leur entremise. Malgré le danger de traiter avec des hommes qui ne présentent aucune garantie de moralité, ce commerce est si lucratif, que les négociants de Manille ne reculent pas à y envoyer des navires richement chargés, mais avec la précaution d’embarquer comme subrécargue un Chinois de Manille, ayant l’habitude des hommes et du commerce de cet archipel. Généralement les Chinois font ces expéditions pour leur compte et au risque des armateurs.

Voici les conditions ordinaires que les armateurs font avec les Chinois qui veulent entreprendre ces voyages:

Pour l’affrétement d’un navire de 200 à 250 tonneaux, les Chinois payent mensuellement à l’armateur de 6 à 700 piastres (3,000 à 3,500 francs.) En outre, l’armateur fait à l’affréteur chinois un prêt à la grosse de 10 à 20,000 piastres (50 à 100,000 fr.) Au retour du navire, il reçoit en marchandises la somme qu’il a avancée, plus l’intérêt de 20 à 25 p. 100. Mais il perd tout si le navire périt.

Les objets d’importation à Jolo consistent en indiennes de qualités inférieures, à fonds rouges, à grands ramages de couleurs vives et éclatantes, en mousselines lisses et ouvrées, en percales, en étoffes imitant les madras, nommées cambayas, à fonds rouges.

En produits des Philippines, on y importe du riz de première et de seconde qualité, du tabac en feuille, des bisayas, de l’huile de coco, et une infinité de petits articles de peu de valeur.

En produits du Bengale, on y importe les toiles que l’on nomme cachas et chitas, des toiles en coton teintes en rouge, des toiles fines en coton mêlé de fils d’or, des madras où le rouge domine, de l’opium de Patna.