Une idée subite me traversa le cerveau: je songeai à rester à Manille, et à gagner ma vie par la pratique de mon art.

Jeune, sans expérience, j’avais la prétention de me croire le premier médecin et chirurgien des îles Philippines.

Qui n’a pas, comme moi, cédé à cette orgueilleuse confiance que donne la jeunesse?

Je tournai le dos au navire et me mis résolûment en route vers la ville de guerre.

Mais, avant de poursuivre ce récit, disons un mot de la capitale des Philippines.

Pêcheurs de Manille.

Manille et ses faubourgs ont une population d’environ cent cinquante mille âmes, dont les Espagnols et leurs créoles ne forment guère que la dixième partie; le reste se compose entièrement de Tagalocs, de métis et de Chinois.

Elle est divisée en ville de guerre et ville marchande ou faubourgs.

La première, entourée de hautes murailles, est bordée d’un côté par les flots, et de l’autre par une vaste plaine, espèce de Champ-de-Mars destiné à l’exercice des troupes. C’est là que chaque soir les nonchalantes créoles, paresseusement couchées dans leurs équipages, viennent étaler leurs brillantes toilettes et respirer la brise de la mer. Les fringants cavaliers, les amazones intrépides, les calèches à l’européenne, se croisent en tous sens dans ces Champs-Élysées de l’archipel indien.