L’autre partie de la ville de guerre est séparée de la ville marchande par la rivière de Pasig, qui est sillonnée toute la journée par des milliers de pirogues chargées d’approvisionnements et de charmantes gondoles qui transportent les promeneurs dans les divers quartiers des faubourgs, ou les conduisent en rade pour visiter les navires.
La ville de guerre communique à la ville marchande par le pont de Binondoc. Habitée principalement par les Espagnols qui occupent des emplois publics, elle a un aspect monotone et triste; toutes les rues, parfaitement alignées, sont bordées de vastes trottoirs en granit.
En général, la chaussée macadamisée est entretenue avec le plus grand soin. La mollesse des habitants est telle, qu’ils ne supporteraient pas le bruit des voitures sur des dalles.
Les maisons, vastes et spacieuses, véritables hôtels, sont bâties dans des conditions particulières pour pouvoir résister aux tremblements de terre et aux ouragans, si fréquents dans cette partie du monde. Elles sont toutes d’un seul étage, avec un rez-de-chaussée.
Le premier, habitation ordinaire de la famille, est entouré d’une spacieuse galerie, s’ouvrant ou se fermant à l’aide de grands panneaux à coulisse, dont les vitraux sont en nacre très-mince. La nacre permet à la lumière d’arriver dans les appartements sans y laisser pénétrer la chaleur du soleil.
C’est dans la ville de guerre que sont tous les couvents de moines et de religieux de divers ordres, l’archevêché, les administrations, la douane européenne et les hôpitaux, le palais du gouverneur et la citadelle, qui domine les deux villes.
On entre à Manille par trois portes principales: puerta Santa-Lucia, puerta Réal, et puerta Parian. A minuit les ponts-levis sont levés et les portes impitoyablement fermées; l’habitant attardé est contraint de chercher un gîte dans le faubourg.
Les processions sont célébrées avec pompe à Manille. Elles ont généralement lieu aux flambeaux, à l’heure où les derniers rayons du jour font place à l’obscurité.
Cependant il en est quelques-unes qui ont lieu en plein jour, particulièrement celle du Corpus, dont je vais donner un aperçu.
Le jour de la Fête-Dieu, à dix heures du matin, les cloches de toutes les églises sont mises en branle à toute volée, pour annoncer aux fidèles que les portes de la cathédrale vont s’ouvrir, et que le saint cortége va se mettre en marche.